vendredi 2 octobre 2015

Le passeur

Quadrilogie francilienne, 1 sur 4


Le passeur

Le 11 août 2015

Vous n’y êtes pour rien, dans cette histoire. C’est moi qui ai tout inventé.

Je me suis fait mon propre film, de A à Z : générique du début, décor survolé en panoramique, personnages importants dès les premiers plans, quelques flash-back, intrigue alambiquée, suspense insupportable, rebondissement incontournable, volonté de faire perdre leurs repères aux spectateurs, nouvelle donne (tout s’explique), dernière scène inattendue, arrêt sur image, musique de fin choisie par mes soins, acide à souhait.

Vous n’avez été qu’un personnage de fiction, revu et corrigé par ma fièvre créatrice intense, l’envie d’écrire un beau roman pour l’été au fur et à mesure que l’histoire avançait, une histoire palpitante, haletante, dévorante, fleur bleue, à l’eau de rose, violettes impériales…

Mais je m’égare. Je ne vous ai écrit que pour trouver grâce à mes propres yeux, ni plus ni moins. Savoir aussi où tout cela pourrait bien mener. Qui ne tente rien, n’a rien ! Je vous ai donc écrit, j’ai espéré, j’ai attendu, j’ai eu plaisir à vous lire en retour, à vous répondre, ensuite… Oui, pour mon seul plaisir.

Ma vie est si peu trépidante… Amorphe ? Non, quand même pas ! Je me donne les moyens d’avoir de l’activité. Ces dernières années, ce sont mes courts séjours citadins en France ou en Europe (deux jours ici, quatre jours là) qui m’ont fait le plus vibrer. Je suis somme toute quelqu’un de très ordinaire, profitant de l’existence, de ses petites joies, de ses à-côtés.

Lorsque l’on a quelques ressources financières, pourquoi se le refuser ? J’ai décidé : je ne me refuse rien ! Je m’offre de petits voyages, ici ou là, dans des villes que j’aime bien, certaines que je connais déjà, d’autres que je découvre. Je ne dépense pas trop d’argent, mais je sais me faire plaisir !

Voyager en solitaire… Pas si triste que ça. Au contraire, il y a plein d’avantages, comme faire ce que l’on veut quand on veut, décider au dernier moment d’un changement de plan sans que cela crée un incident diplomatique, errer, le nez au vent, la fleur aux dents, sans souci matériel, boire et manger quand on l’aura décidé, ne pas se forcer si l’on n’a pas faim, succomber fissa à une grosse fringale…

Bien sûr, les repas au resto ne sont pas aussi conviviaux, partagés ; bien sûr, les nuits se passent dans une chambre single (au prix cependant avantageux) et elles ne sont ni fauves, ni sauvages, ni curieuses, ni torrides, seulement réparatrices… Quoique, une aventure ? Cela m’est déjà arrivé ! Dans le meilleur des cas, l’on prend son petit-déjeuner ensemble (après une ultime partie de jambes en l’air) avant de se quitter, chacun ayant à faire de son côté.

Pour mon plaisir, j’ai continué à vous écrire, à vous poser des questions de telle sorte que vous ayez toujours matière à me répondre ; je n’avais plus qu’à attendre que vous vous manifestiez, une fois ma lettre envoyée. Réponse souvent rapide, parfois plus tardive, selon…

Car c’est cela, il s’est agi quelque part de « vraies » lettres, loin des Short Message System, de Microsoft Network, des tweets ou des likes. Moi qui aime les envolées littéraires, langagières, lyriques et colorées, cela a été du bonheur de vous lire, d’entretenir avec vous cette correspondance. Pour cela, je vous dis merci.

Surtout, par cette relation épistolaire, vous m’avez permis de relancer mon envie d’écrire, lascive et paresseuse, ces derniers temps. Enfin, l’envie d’écrire pour moi. D’écrire mes propres textes, sans contrainte aucune, sans norme ni délai, sans sujet imposé.

Car il y avait toujours quelque chose à écrire pour l’un ou l’autre des magazines musicaux intéressés par ma plume, ou alors le reportage d’un concert, avec photos perso, à mettre en ligne sur mon blog (ayant promis aux artistes de le faire je ne pouvais me défiler), des posts urgents à publier avant…

J’ai pris du recul pour ne me consacrer qu’à « mon » écriture. Écrire ce que je veux quand je le veux, au fil de mon imagination débordante ; incohérence, esprit tortueux, humour noir, confusion des genres.

C’est grâce à vous, heureux personnage de l’un de mes textes tordus (et peut-être d’autres à venir), que j’ai retrouvé les bienfaits de l’écriture et ce malgré son jeu cruel, son côté il faut triompher du mal, se faire violence, rentrer dedans. La déception, pourtant, à la relecture : minable, naïf, risible, illisible, impubliable… Mis à part sur mon blog, évidemment.

J’ai poussé l’extravagance jusqu’à imaginer entre nous une rencontre improbable, impromptue, à l’arrache, pour pimenter l’affaire. Cadre urbain, climat estival, ambiance conviviale, festive, riche en échanges, visages souriants, personnages hauts en couleur, éclats de rires, pas de danse endiablés, pas de deux arpentant les trottoirs, brin de conduite sur les boulevards, confidences, promesse de nous revoir…

Je ris jaune. Pauvres lecteurs ! Enfin si j’en ai quelques-uns, du moins ! Ça doit les raser, tout ce charabia. Ils doivent vite passer à autre chose s’ils se trouvent là par hasard ! Même mes photos de chats n’intéressent pas grand monde. C’est pour dire, hein !

Cet acharnement « littéraire » ne sera certainement que temporaire. Quand j’aurai épuisé tout ce que ma pauvre cervelle ravagée peut produire, j’hibernerai sans doute pour plusieurs mois. J’en profiterai pour lire, réfléchir, m’enrichir, me ressourcer à la montagne.

Visionner des séries sur le lecteur DVD, faire plus de sport, sortir davantage, prendre rendez-vous avec mes amis, les inviter chez moi, rencontrer de nouvelles personnes, voir des expos, passer du temps à dormir… L’urgence créative me reprendra peut-être au printemps, qui sait ? Sur d’autres bases, des fondations toutes neuves, de nouvelles racines ; sur l’herbe repoussée plus tendre.

Pourquoi fait-on ces choses qui nous prennent du temps et nous isolent des autres, enfin quand il s’agit de l’écriture ? Pourquoi se l’impose-t-on malgré tout, pourquoi ces belles journées d’été passées à l’ombre au lieu de bronzer au soleil avec un bon vieux bouquin à lire, de se baigner en eau fraîche et gargouillante, de se promener à la campagne en compagnie agréable ?

Pourquoi vouloir partager à tout prix ces histoires sans queue ni tête qui pourraient rester au fond des tiroirs ou sur une clé USB cachée au fond de l’un de ces tiroirs ? Pourquoi le faire quand même, alors qu’il y a tant à profiter sur Terre ?

Eh bien bravo, c’est vous l’heureux gagnant, vous seul avez donné la bonne réponse : « On est parfois amenés à se demander pour qui, sinon pourquoi, on fait tout ça à part pour nous... Et la réponse est qu'heureusement il y a toujours des gens pour l'apprécier et à qui ça fait du bien par où ça passe, que ce soit à travers les yeux ou les oreilles :) »

Rien à rajouter, nickel chrome. Je ne doute plus de rien. Merci, encore une fois, de tout mon cœur pour votre aide précieuse.

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