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lundi 4 avril 2011

Trois concerts en mars 2/3 Elista + Agop


Après une période hivernale peu favorable aux sorties, j'enchaîne coup sur coup trois concerts inratables. Écoutant régulièrement la musique de ces artistes chez moi ou en voiture, je veux les voir jouer sur scène !
J'adore Bibi Tanga, j'ai une passion pour Elista, je m'intéresse depuis quelque temps à Erik Truffaz… Trois concerts, trois salles, trois compte rendus et des photos.
Elista + Agop, la Maroquinerie, Paris, 11 mars 2011
Le compte rendu et les photos ont été faits pour le site Internet du magazine Longueur d'Ondes et mis en ligne dès le 16 mars. J'ai été réactive, sur ce coup-là !
"L'amour, la guerre et l'imbécile" : le troisième album du groupe francilien, sorti en janvier 2011, affiche une pop élégante et stylée, un climat apaisé, un son plus acoustique. Le concert à la Maroquinerie fut dans cette veine, l'ambiance joyeuse, chaleureuse, jubilatoire.
S'il y eut moult chansons du dernier (mais pas toutes), celles du premier ("Elista", 2003) et du second album ("La folie douce", 2006) étaient largement représentées, pour le plus grand plaisir des fans, venus nombreux.
En première partie, nous découvrons le jeune folk singer barbu et sympathique Agop, qui d'emblée en impose, tant au niveau de son jeu de guitare vif et pêchu que de sa voix ample et généreuse.
Un titre en duo avec une blonde jeune fille au look 70's frappant un tambourin provoque la surprise, ainsi qu'une chanson dédiée à Michael Jackson et son clin d'œil à "Billie Jean".
La salle se remplit, Elista monte sur scène sous les applaudissements et démarre avec deux titres du premier album : "La vie à deux" et "Tout ce qui me retienne" (Ta main dans la mienne).
Après le titre phare "L'amour, la guerre et l'imbécile" et son dilemme amoureux (Au gré de rendez-vous occultes, j'allais de cabine en cabine, en me disant : "Le corps exulte – le cœur peut bien crier famine"…), nous plongeons dans "La folie douce" aux textes denses et percutants. "Les hommes ordinaires", "Courage", "Le niveau des mers", "Dès le départ, dès le début" sont menés de main de maître, avec deux nouvelles recrues.
Julien Cortes (membre des groupes Erevan Tusk et Querrencia) est à la guitare mélodique et au synthé, Antoine Rault (alias Antoine de Saint-Antoine du groupe Asyl, également musicien de Daniel Darc sur sa dernière tournée) se distingue autant par sa tenue vestimentaire que pour ses lignes de basse soignées.
Le duo François Nguyen et Thomas Pierron, au chant et aux guitares, fonctionne du feu de Dieu, le batteur Marc Mallia mène la barque avec sa frappe habituelle, précise et efficace. Benjamin Peurey, le parolier du groupe, se trouve dans la salle et affiche un sourire radieux.
Les teintes sont plus mélancoliques sur "Devine", avec ses vérités pas forcément faciles à dire (Moi, si j'avais le choix, tu sais, je partirais loin de toi, pour toujours, pour toujours et à jamais…), on erre dans "La nuit Madrilène" du premier album, on se consume "À la manière d'un météore".
"Des couleurs à ta robe" nous rappelle que la vie est belle mais brève, qu'il faut en profiter maintenant (Parce qu'il faut bien partir un jour, tout redevient poussière : tour à tour, dans le contre-jour, fumée dans la lumière…).
La reprise d'Etienne Daho "Saudade" vient nous prouver, si l'on en doutait encore, qu'Elista est de cette trempe, dans cet état d'esprit à la fois simple et exigeant, revendiquant son côté pop chanson française et ses textes "écrits". Le public est aux anges, applaudit à tout rompre, en redemande.
"La part de toi" a sa part de regrets (Et, dans la peau, je t'ai encore, moi qui n'étais pas assez fort pour garder tes mains dans les miennes…), "Déçu du paradis" nous fait repartir quelques années en arrière et provoque la danse dans l'assistance. Le concert se clôt sur "La Saint-Valentin", "le" single sur toutes les radios.
Mais c'était sans compter sur les rappels, on ne va pas se quitter comme ça ! "Debout" nous met en transe, "L'amour sale" se distingue de l'amour-propre et nous aimons les jeux de mots (L'amour sale, c'est toi et moi, dans de beaux draps).
Nous voilà à la fin, le groupe revient nous asséner un admirable "Je suis une nuit de tempête", terriblement actuel dans ses propos (Que ce soit clair chers partenaires, dans une salle de séminaires, je veux vous voir savoir vous taire, je veux revoir votre salaire, pensez à moi mon pauvre ami, j'obéis à l'économie…).
Nous regrettons un peu, comme d'autres personnes dans la salle, qu'Elista n'ait pas joué "La ballade criminelle" ou "Le royaume des cieux". Qu'à cela ne tienne, nous les écouterons sur le troisième album, en rentrant du concert.
Elista est en show case le samedi 19 mars au Salon du Livre (19h) pour soutenir son parolier : en effet, Benjamin Peurey est également l'auteur de nouvelles, ses deux recueils "Hollywood en Larmes" et "Kicked Ass – Récits de fond de panier" sont parus aux éditions Noviny 44.
Plus tard, le samedi 9 avril (20h), Elista joue à l'Empreinte (à Savigny-le-Temple, en Seine-et-Marne) avec Deportivo.
Infos à suivre :
Elista est sur Facebook et Twitter.


vendredi 21 janvier 2011

Transistor 32


Le nouveau numéro du Transistor, reflet des musiques actuelles en Seine-et-Marne est disponible depuis début janvier 2011, avec le groupe Elista en couverture !

Outre l'interview d'Elista et la chronique de "L'amour, la guerre et l'imbécile", il y a moult infos à lire sur l'actualité musicale dans le département, l'agenda des concerts (jusqu'au 2 avril), un dossier sur la fonction de programmateur... Sans oublier les chroniques, dont celle, excellente, de Kapt'n Frakass, son coup de coeur pour l'album "613" de Chapelier Fou, qui m'a donné envie d'aller voir de quoi il retournait, via son site internet :

http://www.chapelierfou.com

J'oubliais de parler de la Pépinière 2011, les treize groupes sélectionnés y sont présentés dans ce numéro, c'est l'occasion de se pencher sur des groupes "en devenir", comme Brokencandys, Hewitt, Lenina Crowne, Air Bacha, Astoria, Folkom, La Soucherie... On attend la compil, spécialement éditée.

On peut consulter le numéro 32 du Transistor en ligne, sur le site du réseau Pince Oreilles :

http://www.pinceoreilles.fr


INTERVIEW ELISTA
En 2003, le groupe était à l'honneur du Transistor pour son premier album aux chansons pop attachantes et distinguées. Puis vint "La folie douce" (2006) aux accents rock affirmés. "L'amour, la guerre et l'imbécile" (sortie le 24 janvier 2011) a pris une direction acoustique, intime, enjouée. Rencontre autour d'une tasse de thé avec Benjamin, parolier, et François, chanteur guitariste. Marc (batteur) et Thomas (chanteur guitariste) répondent par mail.
-Depuis quand existe Elista, comment en êtes-vous venus à faire de la musique ensemble ?
B : On se connaît depuis qu'on est ados. Au début on traînait, on ne faisait rien de spécial, si ce n'est qu'on aimait tous la musique. Quand François et Thomas ont commencé à jouer ensemble de la guitare, je leur ai donné des textes en anglais. On a découvert le premier Miossec, Dominique A, Mano Solo… J'ai écrit en français, on a fait des chansons tous les trois. Un jour, Marc nous a proposé de jouer en première partie de Mickey 3D aux 18 Marches. Après ce premier concert, on a enregistré une maquette, on a trouvé un nom, Marc a intégré le groupe à la batterie. C'est devenu Elista.
-Parlez-nous des conditions d'enregistrement de "L'amour, la guerre et l'imbécile".
F : On a enregistré avec Antoine Gaillet, qui avait mixé "La folie douce". Il est parti avec tout son matos dans un camion et nous avec le nôtre, dans la maison de Beaumes. C'était assez rigolo, ça faisait colonie de vacances. On avait la super vue, on se faisait à manger, c'était très collégial.
-Pourquoi avoir voulu des sons plus acoustiques ?
F : Le deuxième album était assez furieux, très énervé, selon l'humeur de l'époque. Du coup, on avait forcément envie d'autre chose : plus apaisé, plus reposé, plus "chanson". On avait privilégié l'énergie sur le précédent et là, c'était la mélodie.
- Thomas, comment composes-tu avec François ?
T : François et moi arrivons chacun avec une idée assez précise de la construction et de la mélodie de chaque morceau, que nous retravaillons ensuite ensemble en y apportant nos idées respectives. On avance comme ça jusqu'à ce que le résultat final nous convienne à tous les deux, de sorte qu'il n'y a rien de régulièrement défini au niveau des guitares.
-Marc, n'as-tu pas été "frustré" au niveau de ton jeu, plus "retenu" que dans les albums précédents ? Quelles percussions as-tu utilisées ?
M : Non ! Les batteries, sur ce disque, "jouent" plus sur l'intention que sur l'énergie. J'ai principalement utilisé des tambourins, des shakers et des petits éléments de batterie, afin d'appuyer les guitares rythmiques acoustiques, pour obtenir plus de couleur. Le disque étant plus folk et ensoleillé, c'était la direction à prendre. Et j'y ai pris beaucoup de plaisir.
-Comment t'est venue l'idée, Benjamin, d'écrire un texte aussi poétique sur un thème aussi grave dans "La ballade criminelle" ?
F : Ce qui est grave, c'est quand on sait que c'est son passe-temps préféré !
B : J'aime bien Johnny Cash. Les "murder ballads", c'est un truc qui se fait pas mal aux Etats-Unis. "La ballade criminelle" ça sonnait très bien, il y avait quelque chose de curieux dans le fait d'écrire une "murder ballad".
-Et "Le royaume des cieux" ?
B : C'est un prétexte pour parler d'une idée qui me dérange, très difficile à vivre. Ce gars-là, alcoolique, qui vit dans la rue, qui a divorcé, qui a commis tous les péchés du monde, arrive au paradis… Il arrive au ciel et puis il faut encore le mériter, ça. Il faut mériter sa place tout le temps, partout… À terme, ne pas avoir sa place quelque part, ne pas réussir à se situer, c'est complètement insupportable.
-Avez-vous une information à rajouter pour les lecteurs du Transistor ?
F : Le Transistor est un interlocuteur qu'on aime bien. Le 77, c'est tous nos débuts, c'est là d'où on vient, s'y trouvent les salles où on a commencé, on a toujours des tas de copains prêts à nous filer un coup de main. Le 77, c'est important. Et puis, on a l'air comme ça, mais moi je mange du brie dès que je peux ! J'en ai dans mon frigo, je pourrais vous le montrer !
Interview intégrale sur http://www.pinceoreilles.fr

CHRONIQUE
ELISTA
"L'amour, la guerre et l'imbécile"
CD 12 titres – Wagram
Ce disque s'est fait attendre, mais pourquoi aller vite si l'on peut se donner du temps ? Elista, après la pop aérienne de son premier album, nous avait entraînés, avec "La folie douce" sur des terrains plus sombres. "L'amour, la guerre et l'imbécile" fait la part belle à l'acoustique, met en avant les chœurs, les harmonies, sur des guitares folk et rythmiques. C'est lumineux, coloré, optimiste. Les chansons, touchantes, sensibles, admirablement composées, sont riches en sentiments, en amour de la vie. Les textes, légers en apparence, parfois plus graves, parlent du bonheur mais aussi des doutes.
Facebook et Twitter
Le concert du 2 février 2011 à la Maroquinerie (Paris) est repoussé au vendredi 11 mars, même lieu, il faudra donc attendre !
Tournée en 2011
Discographie :
"Elista" (2003)
"La folie douce" (2006)
"L'amour, la guerre et l'imbécile" (2011)
Elista, c'est :
Benjamin Peurey (parolier)
François Nguyen (chant/guitare)
Thomas Pierron (chant/guitare)
Marc Mallia (batterie)
Et le bassiste Stéphane Bertrand

jeudi 13 janvier 2011

Chronique Elista


ELISTA
"L'amour, la guerre et l'imbécile"
(Wagram)
Photographie de Sylvain Gripoix
Comment peut-on qualifier ce groupe de "vraiment pas bien", qui "sent la variété" ? Si "variété" veut dire "commercial", alors non, Elista n'est pas dans ce créneau ! Oui, son troisième album est pop, "populaire", d'un accès (a priori) plus facile, avec ses belles mélodies, ses chœurs mis en valeur, ses sons folks, acoustiques, ses textes poétiques aux multiples lectures…
Ce disque résulte d'un long travail, personnel et collectif, d'une lente maturation, de diverses collaborations… Après tout je comprends qu'on puisse passer complètement à côté, qu'on en reste à une première impression, sans chercher à creuser. Allez, j'arrête de me faire du mal.
"L'amour, la guerre et l'imbécile" est un album subtil, raffiné, qu'on prend plaisir à écouter, liant la qualité des textes à des compositions musicales recherchées, équilibrées, dynamiques. Les deux premiers albums sont tous aussi excellents, pour qui veut bien se donner la peine d'y poser ses oreilles, d'ouvrir un peu son âme.
Nous avions découvert Elista en 2003, avec la pop aérienne de son premier album, aux chansons attachantes et distinguées. En 2006, nous l'avions suivi dans "La folie douce" aux accents rock, sombres, énervés, avec des textes âpres, assez désespérés.
"L'amour, la guerre et l'imbécile" a pris une direction acoustique, intime, enjouée. C'est lumineux, coloré, optimiste. Il y a cet accent mis sur les chœurs, les harmonies, les guitares folk et rythmiques, les lignes mélodiques. La batterie, jouant plus sur "l'intention que sur l'énergie", est présente sous forme de petits éléments, des tambourins, des shakers… Les douze chansons, touchantes, sensibles, sont riches en sentiments, en amour de la vie.
Les textes, légers en apparence ("La Saint-Valentin", "Ton serment", "Des couleurs à ta robe") sont parfois plus graves ("L'amour, la guerre et l'imbécile", "Devine"), parlent du bonheur mais aussi des doutes ("La part de toi", "Et si au pire", "Amour sale"), des espoirs déçus ("Seul et sans défense", "À la manière d'un météore"). "La ballade criminelle" (les mots d'un assassin… amnésique) et "Le royaume des cieux" (sur la douloureuse question : "Avons-nous tous notre place ?"), d'un abord moins facile, se distinguent par leur incroyable force poétique, leur puissance d'évocation.
On apprécie toujours autant l'écriture ciselée de Benjamin Peurey, le parolier du groupe, la façon dont elle colle, parfaitement, à la musique. En cette période de médiocrité ambiante, le troisième album d'Elista est une grande réussite, à acheter chez tous les bons disquaires dès le 24 janvier !
Le concert du 2 février à la Maroquinerie est annulé, mais reporté le 11 mars , toujours à la Maroquinerie (Paris).
Tournée à suivre, en 2011
Facebook et Twitter
L'article et la chronique sont dans le Transistor 32 !
Rendez-vous sur le site du réseau Pince Oreilles, où l'on peut feuilleter ce nouveau numéro :

mercredi 22 décembre 2010

Interview Elista


Le Transistor 32 (parution début janvier 2011) consacre sa couv à Elista et à son troisième album, "L'amour, la guerre et l'imbécile". Fan de la (presque) première heure, il m'a été confié la mission de réaliser l'interview d'Elista et d'écrire la chronique de l'album. J'étais super contente !
L'album m'a emballée tout de suite, certains titres circulant sur le Net ("La Saint-Valentin", "Des couleurs à ta robe", "L'amour, la guerre et l'imbécile") ne m'étaient pas inconnus, je les aimais déjà. Il y a bien là l'univers d'Elista, subtil, ouvragé, ouvert, généreux, ensoleillé. Les guitares, rythmiques, jouent aussi de belles lignes mélodiques, les chants et les chœurs forment un ensemble harmonieux… Voilà douze chansons pop folk acoustiques, admirablement écrites, habilement arrangées…
Quitte à passer du temps ensuite en terme de transcription, j'ai préféré rencontrer le groupe et l'interviewer sur dictaphone. Par mail c'est plus rapide, plus pratique, mais rien ne vaut de "vrais" contacts humains, la spontanéité.
J'ai vu François et Benjamin à Paris, en novembre. Marc et Thomas n'avaient pu se libérer, alors je leur ai réservé quelques questions par mail. Les échanges furent chaleureux, drôles, passionnés.
J'ai rédigé une version longue de l'interview, destinée au site internet du Pince Oreilles. Je trouve toujours cela intéressant, des artistes qui parlent de leur travail, de leur musique, de leur cheminement, en profondeur.
(Enfin, s'ils pensent à la mettre en ligne, je ne vois pas sur le site l'interview intégrale de Folkom pour le Transistor 31, je m'étais pourtant donné un mal de chien pour l'orthographe, la syntaxe, la mise en page…).
Elista
"L'amour, la guerre et l'imbécile"
Sortie chez Wagram le 24 janvier 2011
Bientôt l'article et la chronique dans le Transistor 32.
Concert le 2 février 2011 à la Maroquinerie (Paris)
Tournée en 2011
Photographies de Sylvain Gripoix

INTERVIEW ELISTA, PARIS, NOVEMBRE 2010
En 2003, le groupe était à l'honneur du Transistor pour son premier album aux chansons pop attachantes et distinguées. Puis vint "La folie douce" (2006) aux accents rock affirmés. "L'amour, la guerre et l'imbécile" (sortie le 24 janvier 2011) a pris une direction acoustique, intime, enjouée. Rencontre autour d'une tasse de thé avec Benjamin, parolier, et François, chanteur guitariste. Marc (batteur) et Thomas (chanteur guitariste) répondent par mail.
-Petit historique du groupe, depuis quand existe Elista, comment en êtes-vous venus à faire de la musique ensemble ?
B : On se connaît depuis qu'on est ados, un peu avant, même, pour certains. J'ai rencontré Thomas à l'école primaire, François au collège, Marc au lycée. Au début on traînait, on ne faisait rien de spécial, si ce n'est qu'on aimait tous la musique. François et Thomas ont joué dans des groupes, moi j'écrivais de mon côté, rien de plus précis… Puis ils ont commencé à jouer ensemble de la guitare, à faire des chansons, je leur ai donné des textes en anglais. On a découvert le premier Miossec, Dominique A, Mano Solo… François m'a demandé d'écrire des textes en français ; on a fait des chansons tous les trois, sans toutefois être un groupe à part entière. Un jour, Marc nous a proposé de jouer en première partie de Mickey 3D, aux 18 Marches. Après ce premier concert, un peu spécial, on a enregistré une maquette, on a trouvé un nom, Marc a intégré le groupe à la batterie. C'est devenu Elista.
-Pour le premier album (Elista, 2003), dans quelles circonstances avez-vous signé chez Sony ?
F : Grâce à la maquette, ça a été assez rapide, on a signé chez un petit label parisien, Recall, qui nous a revendu ensuite à Sony, en cours de premier album.
-Après le deuxième album (La Folie Douce, 2006), ce contrat a été rompu. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?
B : On ne s'est pas retrouvés, on n'était pas très à l'aise, il y avait des licenciements, c'était le bazar. On avait envie d'un cadre sécurisant, pouvoir évoluer à notre rythme. Là on a été pris dans une grosse machine, qui était tout le temps en train de bouger…
-Votre troisième album (L'amour, la guerre et l'imbécile, 2011), comment a-t-il mûri ? Plutôt lentement ?
B : C'est vrai que c'est long entre le deuxième et le troisième, mais entre le premier et le deuxième, c'était long aussi, on a toujours été assez longs, en fait. À chaque fois qu'on fait un disque, on a envie d'en faire un autre après, on a envie de se remettre en question, de changer des trucs… Ça ne se fait pas en deux minutes. Il faut que les choses arrivent à maturité, il faut que ça nous plaise. Dans Elista, il faut que les choses plaisent à tout le monde et ça, ça prend du temps !
F : L'avantage, c'est que maintenant, on est beaucoup plus mûrs, aussi bien pour écrire les chansons que pour les enregistrer, pour les arranger. De même pour tout ce qui est autour du groupe, savoir monter une structure… Il y a des tas de choses pour lesquelles on est beaucoup plus solides maintenant, on est plus consistants. Et surtout, il y a une chose vraiment bien, c'est qu'on s'est débarrassés de tous les parasites, on a cherché de nouveaux partenaires, ça c'est un vrai luxe.
B : On est libres comme on voulait l'être.
-Quelles ont été vos conditions pour signer chez Wagram (label français indépendant) ?
B : C'est un contrat de licence, Elista est producteur et co-éditeur.
-Parlez-nous des conditions d'enregistrement des douze titres de l'album, à Beaumes-De-Venise (Vaucluse, près de Carpentras) ? Ont-elles été favorables à la création ?
F : On a enregistré avec Antoine Gaillet, réalisateur de disques, qui avait mixé "La folie douce". C'est quelqu'un dont on apprécie le travail, l'échange avec lui est assez limpide, on n'a pas besoin de se briefer des heures, on fait les choses assez naturellement. Et en plus, c'est un bon camarade, il est marrant. Il est parti avec tout son matos dans un camion et nous avec le nôtre, dans la maison de Beaumes. C'était assez rigolo, ça faisait colonie de vacances. On avait la super vue, on se faisait à manger, c'était très collégial.
B : C'était l'hiver, on était dans une vieille maison en pierre située dans un hameau, avec autour les champs, les vignes… On est arrivés là-bas avec toutes nos affaires, on a fait courir les câbles dans les escaliers, la maison est devenue un studio, on était en pull à enregistrer des chansons, avec le soleil à la fenêtre… C'était génial, on a vécu une expérience un peu particulière. On avait très envie de faire ça, ça collait exactement à ce qu'on voulait faire comme disque. C'était l'ambiance qu'il fallait vraiment.
-Pourquoi avoir voulu des sons plus acoustiques ?
F : Le deuxième album était assez furieux, très énervé, selon l'humeur de l'époque. Du coup, on avait forcément envie d'autre chose : plus apaisé, plus reposé, plus "chanson". On avait privilégié l'énergie sur le précédent et là, c'était la mélodie.
-Les chœurs sont mis en avant, très harmonieux, leur mise en place a-t-elle nécessité beaucoup de travail ?
B : C'est le truc de François, ça. Sur les deux premiers albums, il y avait quand même pas mal de chœurs. Sur le troisième, la direction a changé, ça a favorisé les chœurs, les harmonies, déjà présents précédemment, mais pas autant mis en avant. La première fois qu'on s'est vus pour parler du troisième album, on s'est demandé : "Et si on essayait de faire un truc qui fonctionne à la première écoute ?" À partir de là, on s'est dit pourquoi ne pas faire un truc plus positif, un peu plus pop ? Alors ça sous-entend des harmonies, pour rendre les choses plus limpides, donc un peu plus acoustiques. C'étaient nos bases de départ, pour cet album-là.
-Les textes étaient-ils déjà tous écrits, en avez-vous écrit sur place ?
B : J'ai bien ramé, quand même. "La folie douce" était vraiment dans une direction particulière. Je voulais vraiment un truc très écrit, très construit, en plus la musique était rock, c'était dur à faire. Je galérais pas mal, je me prenais la tête sur des jeux de mots, des sonorités, c'était compliqué. Quand il a fallu revenir sur "L'amour, la guerre et l'imbécile", l'idée était de faire le contraire, plus simple, un peu plus généreux… Ce n'était pas facile, il a fallu réapprendre des trucs, je m'étais convaincu qu'un texte devait être compliqué, hyper écrit, hyper travaillé, avec des sonorités partout… Là, le problème, c'était vraiment le fond du texte, avec le souci d'être lisible, d'être clair. Ce n'était pas simple, il y en avait d'écrits déjà, mais il y a eu beaucoup de réécritures en cours d'enregistrement.
-Comment travaillez-vous les chansons ? La musique précède le texte ou c'est l'inverse ?
F : On part souvent d'un texte de Benjamin, ensuite on fait les musiques dessus, après c'est un ping-pong permanent entre nous trois, enfin entre nous quatre, parce que Marc a beaucoup participé à l'écriture du disque.
-Les thèmes des chansons semblent, pour la plupart, autobiographiques ?
B : C'est plus personnel, mais toutes les chansons ne parlent pas de moi, il y en a qui parlent un peu de moi, mais qui concernent aussi François, Thomas et Marc. On a pas mal de trucs en commun, c'est probablement lié à ce qu'on avait en tête comme atmosphère pour l'album… "Des couleurs à ta robe" est vraiment personnelle, mais d'autres chansons parlent de ce qu'on a pu vivre en commun, tous. "L'amour, la guerre et l'imbécile" ne parle pas de moi, "À la manière d'un météore", "Seul et sans défense" parlent de moi mais pas que de moi… Par rapport à l'idée de faire un truc généreux, spontané, je suis allé piocher un peu chez les copains. Mais c'est plus personnel, quand même, c'est vraiment du vécu, pas seulement des opinions…
-Vous avez gardé le même bassiste que sur "La folie douce" (Stéphane Bertrand, de Ginger Ale), pourquoi n'est-il pas membre à part entière d'Elista ?
F : Stéphane avait déjà un groupe à côté, c'était compliqué de lui dire d'intégrer complètement notre groupe aussi, il avait ses projets… Mais quand on l'a appelé pour le troisième album, il a tout de suite répondu présent, il est venu pour l'enregistrer, il a passé la semaine avec nous…
-Au niveau des guitares, François et Thomas, avez-vous chacun votre rôle ? François plutôt rythmique et acoustique, Thomas plutôt mélodique et électrique ?
F : En général je suis plus rythmique, Thomas est meilleur que moi en solo. Quand il y en a un qui chante, on essaye de prendre les parties compliquées de l'autre.
-Peux-tu nous dire quelques mots, Thomas, sur votre façon de composer ensemble ?
T : François et moi arrivons chacun avec une idée assez précise de la construction et de la mélodie de chaque morceau, que nous retravaillons ensuite ensemble en y apportant nos idées respectives. On avance comme ça jusqu'à ce que le résultat final nous convienne à tous les deux, de sorte qu'il n'y a rien de régulièrement défini au niveau des guitares. En concert, c'est différent ; François joue plus majoritairement la guitare rythmique, et j'assure les lignes plus mélodiques. Ceci dit, maintenant que Julien Cortes (auteur compositeur de Querrencia, et guitariste au sein du groupe Erevan Tusk) nous accompagne en concert, je joue peut-être davantage de guitare rythmique… Ce qui nous permet de redynamiser les titres - et en plus, ça me soulage : je peux me concentrer sur le chant.
-Marc, en tant que batteur d'Elista, n'as-tu pas été "frustré" au niveau de ton jeu, plus "retenu" que dans les deux albums précédents ? Tu as utilisé différentes percussions ? Lesquelles ?
B : C'est marrant que tu dises ça, parce que s'il y en a un qui était content d'enregistrer dans la maison, c'était Marc. Sur "La folie douce", les parties de batterie étaient très réglées, laissant peu de place à la spontanéité. Et là, d'une prise à l'autre, il ne faisait pas le même break, il changeait un truc… Il était super content de faire ça.
F : Sur l'album, il y a plein de petits joujoux qu'il aime bien, il s'est fait plaisir.
M : Non, je ne me suis pas senti frustré ! Par rapport aux précédents albums d'Elista, les batteries, sur ce disque, "jouent" plus sur l'intention que sur l'énergie. Ce travail-là concernait tout le groupe, et pour moi, la notion de groupe est toujours la plus intéressante. D'autant que l'intention, concernant le jeu de batterie, fait complètement partie de mes préoccupations… J'ai principalement utilisé des tambourins, des shakers et des petits éléments de batterie, détournés. Tout ça afin d'appuyer les guitares rythmiques acoustiques de l'ensemble des titres, pour obtenir plus de couleur. Le disque étant plus folk et ensoleillé, c'était la direction à prendre. Et j'y ai pris beaucoup de plaisir.
-Benjamin, peux-tu nous parler de ta place un peu particulière au sein d'Elista ?
B : Je suis parolier mais c'est mon groupe quand même ! Je comprends que cela intrigue, mais moi ce qui m'intrigue vraiment, c'est qu'on soit les seuls. Gréco disait : "Je suis interprète, je trouve ça très valorisant, il y a des gens qui sont paroliers, c'est leur métier…" Moi je suis parolier, tu me mets derrière un micro, je ne sers à rien, ça n'apporte rien que je me mette à chanter. Autant que je fasse ma partie, ça ne me frustre absolument pas, pour moi les textes ça compte ! Ma place est trouvée, c'est notre géométrie, on n'a pas non plus choisi un chanteur… On a vraiment fait les choses le plus naturellement possible. Pour nous naturellement c'est deux chanteurs compositeurs, un parolier, un batteur, basta. Il n'y avait pas de cahier des charges à respecter de toute manière.
-Comment t'est venue l'idée d'écrire un texte aussi poétique, aussi léger, sur un thème aussi grave dans "La ballade criminelle" ?
F : Ce qui est grave, c'est quand on sait que c'est le passe-temps préféré de Benjamin !
B : Les histoires sordides me travaillent effectivement, mais il y a aussi autre chose : j'aime bien Johnny Cash, entre autres, et les "murder ballads", c'est un truc qui se fait pas mal aux Etats-Unis. J'aime bien faire les choses en pensant aussi à ce qui fait ailleurs et puiser à droite à gauche… "La ballade criminelle" ça sonnait très bien, l'idée était assez riche, il y avait quelque chose de curieux dans le fait d'écrire une "murder ballad", qui est presque un genre en soi. Ça m'a frappé, j'ai eu envie de me lancer là-dedans.
-Peux-tu nous éclairer sur le "Royaume des cieux" ?
B : C'est un prétexte pour parler d'une idée qui m'intrigue, qui me dérange, qui est très difficile à vivre. Je suis convaincu qu'on n'a pas tous notre place dans la société qu'on a fabriquée. Elle n'est absolument pas faite pour tout le monde, ce n'est pas le bien commun qui est en question dans le monde d'aujourd'hui. L'histoire de ce gars-là, qui est alcoolique, qui vit dans la rue, qui a divorcé, qui a commis tous les péchés du monde, il arrive au paradis… Je me disais est-ce que c'est possible de nourrir l'idée : il arrive au ciel et puis il faut encore le mériter, ça. Il faut mériter sa place tout le temps, partout… Même là-haut. À terme, ne pas avoir sa place quelque part, ne pas réussir à se situer, c'est quelque chose de complètement insupportable. C'est une idée que je trouve absolument intolérable. "Nuit de tempête" ou "Les hommes ordinaires" en parlaient déjà, c'est un truc qui me travaille.
-Après votre concert de chauffe le 27 novembre 2010 au Rackam, à Brétigny-sur-Orge (91) puis un concert à la Flèche d'Or le 10 décembre, quels sont vos projets ?
F : On va aussi jouer à la Maroquinerie le 2 février 2011. Sinon, on prépare cette sortie d'album et une tournée est en train de se monter pour 2011.
-Pour suivre l'actualité d'Elista au plus près, quel site internet doit-on consulter en priorité ?
La page Facebook est très souvent actualisée, on la gère nous-mêmes.
Il y a aussi :
-Avez-vous une information capitale à rajouter pour les lecteurs du Transistor ?
F : Le Transistor, c'est un interlocuteur qu'on aime bien. Le 77, c'est tous nos débuts, c'est là d'où on vient, s'y trouvent les salles où on a commencé, on a toujours des tas de copains prêts à nous filer un coup de main. Le 77, c'est important. Et puis, on a l'air comme ça, mais moi je mange du brie dès que je peux ! J'en ai dans mon frigo, je pourrais vous le montrer !
Discographie :
"Elista" (2003)
"La folie douce" (2006)
"L'amour, la guerre et l'imbécile" (2011)




Elista, c'est :
Benjamin Peurey (parolier)
François Nguyen (chant/guitare)
Thomas Pierron (chant/guitare)
Marc Mallia (batterie)
Et le bassiste Stéphane Bertrand

lundi 8 novembre 2010

LO #56, Transistor 31

Ben l'air de rien, ça en représente, du boulot, tout ça ! N'avais-je donc rien d'autre à faire, au cours de mes vacances d'été, que d'écouter (encore) de nouveaux disques, d'aller sur Internet me renseigner sur les artistes, de préparer une interview, de rédiger l'article, d'écrire des chroniques ?
Pour le numéro 56 de Sur la même Longueur d'Ondes (septembre/novembre 2010), j'en ai écrit cinq, dont celle de Jean Jean, groupe rock instrumental de Seine-et-Marne qui mérite d'être écouté et vu sur scène. Trois chroniques seulement (F.hiro, Jean Jean, Debroize) sont parues dans le magazine, les deux autres (Monsieur Tristan, Lords of Frequency) se trouvant "reléguées" sur le Net. Enfin elles y sont, faciles à trouver par Google, tant mieux.
Au Transistor, il a été finalement décidé que Folkom ferait la couv du numéro 31 (octobre/décembre2010), à l'occasion de la sortie de leur album en octobre (finalement reportée début 2011). En juillet, je m'étais portée volontaire pour réaliser l'interview. Elle s'est faite fin août par mail. Nicolas et Renan, très motivés, ont répondu avec entrain à toutes mes questions. Mais après, il faut réduire ! C'est vite fait, 5000 caractères ! Il y a eu aussi cette histoire de chronique : de l'album onze titres, je n'ai pu en écouter que cinq, le duo était en plein enregistrement, tout n'était pas prêt… Pas évident de parler d'un disque, quand on n'a même pas la moitié des chansons !
Mes autres chroniques sont de belles découvertes : No Tears et son rock 80's, l'électro déjantée de Volumatik
C'est déjà le moment de s'y remettre. La réunion de LO pour le #57 (parution en décembre 2010) a eu lieu le 22 octobre, je suis repartie avec cinq CD à chroniquer : Aurelia, Manuchka, Mr Blackstone, Le Singe Blanc, Zen Zila. Je dois aussi rédiger un compte rendu (1000 caractères) du festival Zebrock à la fête de l'Humanité, où je suis allée en reportage, texte + photos.
Le comité de rédaction du Transistor s'est réuni le 2 novembre pour mettre en place le contenu du 32, qui sera fabriqué pour janvier. En vrac, quelques noms de groupes du 77 qui seront prochainement chroniqués : Sons of Frida, Laplaine, What Not, Sun Gino, Asso de MC's, Underflesh, Sweyd, La Mathilde, Le Fil de l'Eau, Oxyd, Sébastien Llado…
Mais il y a aussi, et surtout, le troisième album d'Elista, "L'amour, la guerre et l'imbécile", dont la sortie est prévue début 2011, sur le label indépendant Wagram. Cela faisait un long moment qu'on l'attendait !
Il me semble bien qu'Elista va faire la couv du Transistor 32 et que je suis toute désignée pour réaliser l'interview du groupe et la chronique du douze titres à venir.
Voici mes impressions à chaud :
Le son est plus doux, plus acoustique que sur les deux albums précédents, les thèmes des chansons apparaissent moins sombres (en général), plus optimistes, même si des questions sont posées, qu'il y a souvent le doute. C'est faussement apaisé, finalement. J'aime beaucoup les choeurs, très travaillés, ce côté enjoué, insouciant, ces guitares folk, rythmées. "La ballade criminelle" et "Le royaume des cieux" sortent du lot, sur des thèmes moins faciles ; faire sonner pop, aérienne et poétique une chanson qui donne la parole à un assassin de joggeuses, il fallait le faire !

LONGUEUR D'ONDES #56 (Septembre/Décembre 2010)
CHRONIQUES
MAXIS

F.HIRO
(Autoproduit)
Sur la pochette, les petits carrés aux nuages colorés, jouant sur les nuances, les dégradés, en disent déjà beaucoup sur la musique du trio rennais. C'est simple, léger, délicat, enfantin, épuré. Nous tombons sous le charme de ces quatre compositions électro-pop admirablement maîtrisées, aux synthés facétieux, sautillants à souhait, aux voix candides, acidulées, mélodieuses.
MAXIS

JEAN JEAN
(Autoproduit)
On accroche dès "Fresher" et ses changements de rythmes, on est séduit par l'âpreté de "Bayonnette", la fougue d'"Iowa", la grâce d'"Elli Lilly", la montée en puissance de "With mountains as witness". Chaque titre, instrumental, s'écoute comme une histoire et nous tient en haleine, du début à la fin. Le trio seine-et-marnais livre un rock expérimental frais et original.
BRUITAGE

DEBROIZE
"Le vertige et la voltige"
(ZF Prod)
Après une belle et lente introduction à l'accordéon, nous voilà mis en condition pour écouter neuf chansons poétiques, intimistes, explorant avec justesse la problématique des choix que l'on fait dans la vie, en amour, des risques que l'on prend à choisir, à ne pas choisir. Le premier titre, qui donne son nom à l'album, illustre particulièrement bien ce thème, joue sur les mots, oscille entre équilibre et déséquilibre, hésite entre décision et indécision, valse sur cette angoisse qui nous étreint, car face à tous ces chemins possibles, on ne pourra en prendre qu'un… C'est le deuxième album du rennais Jean-Philippe Debroize ("Variétés" est sorti en 2003). Après sa collaboration avec le groupe électro-rock StrupX, le chanteur et musicien s'est entouré ici de Nicolas Méheust (Percubaba), Pierre Payan (La Tordue) et Fabrice Bayard (ingé-son). Son projet est tout à la fois accessible et ambitieux, personnel et universel.
BRUITAGE

LORDS OF FREQUENCY
"Welcome"
(MVS Records / Anticraft)
Dès le début de "Friday in hackney" et ses boucles orientalisantes, son flow nerveux, ses rythmiques affolantes, ses basses percutantes, on reconnaît les influences. À juste titre : Lord Kimo est l'un des ex-chanteurs du groupe britannique militant Asian Dub Foundation et Lionel Philippe, son complice, mixe l'électro et les musiques du monde sous le nom de Zencool. Ces deux "Seigneurs de la fréquence" se connaissent depuis 2006 (il y a eu d'autres collaborations entre ADF et Zencool), créent le groupe en 2008 et réalisent ce premier album cette année, entre Londres et Lorient. Les dix titres de "Welcome" (dont le live "Asian Dreams") donnent une irrépressible envie de danser, explorent les possibilités infinies offertes par la fusion des sons, s'enchaînent sans jamais se répéter, électro, hip hop, ragga, drum and bass… Le duo s'enrichit d'un troisième larron, le rappeur Mc Det, sur "Get ready now" et "Sunday".
BRUITAGE

MONSIEUR TRISTAN
"Monsieur Tristan"
(Autoproduit)
Cet hurluberlu toulousain, chevelu et barbu, flemmard et couche-tard, fan de foot (à la télé) et de jeux vidéos, vous invite chez lui, dans son appart foutraque. Il vous raconte sa vie, son quotidien, ses travers, ses faiblesses, avec une bonne dose d'humour et de drôlerie. Les onze chansons "hip hop artisanales" de ce premier album sont riches en rimes, en rythmes, en jeux de mots, en fonds sonores délirants. Les thèmes, bien trouvés, bien ficelés, mettent en lumière le côté marginal, décalé, loufoque, du personnage. Monsieur Tristan a souvent du mal à se réveiller, à émerger, à bouger de chez lui : "Pas la peine", "La panne du réveil", "Le syndrome du poisson volant". Il cherche l'inspiration : "Ma muse", "J'te raconte pas". Dans "Juste pour le flow", il tourne en dérision les codes du (mauvais) rap, clin d'œil au fameux "Auteuil Neuilly Passy" des Inconnus (repris sur scène avec In Delirium).
TRANSISTOR #31

(Octobre/Novembre/Décembre 2010)
INTERVIEW FOLKOM
Les deux garçons, experts de la "six cordes", auteurs, compositeurs et interprètes, réalisent, à l'issue de leur tournée estivale landaise, leur troisième album autoproduit. Onze nouveaux titres sont au menu de "Perdus dans la nature" : autant d'appels à la rêverie, à la flânerie, à la bonne humeur.
-Depuis quand existe Folkom, comment vous êtes-vous rencontrés ?
Nicolas : Renan et moi nous sommes rencontrés au lycée Couperin de Fontainebleau où nous étions ensemble en classe de russe ! Nous sachant tous deux guitaristes, c'est d’abord l’envie de faire un "bœuf" qui nous a réunis, en 1998. J’ai été bluffé par nos affinités musicales, les similitudes de nos influences : la folk de Neil Young, la pop des Beatles, la soul d’Otis Redding, le rock de Led Zeppelin… L’alchimie opérant, le but était de nous constituer un répertoire pour nous produire dans le pub du coin.
Renan : Beaucoup de gens disent que nous sommes un "vieux couple". J'aime les rencontres pas banales comme dans cette classe de russe, on aurait dit qu'une force supérieure avait tiré les fils pour nous faire rencontrer.
-Pour l'enregistrement de "Perdus dans la nature", vous faites appel à des musiciens chevronnés, dont Pierre Chérèze, aux arrangements et à la réalisation. Comment ce projet s'est-il mis en place ?
N : Pierre Chérèze (ex-guitariste d'Higelin, Renaud…) est peut-être notre plus belle rencontre musicale. En 2004, lauréats du concours "les Tremplins de la Musique", nous avons bénéficié d'une formation au Studio des Variétés à Paris. Nous avons alors travaillé avec Pierre sur les arrangements de guitare de notre 1er album. Son expérience nous a beaucoup apporté et sa grandeur d'âme nous a vraiment touchés. Nous sommes devenus amis. Cela sonnait comme une évidence que Pierre réalise le 3e. Grâce à lui, nous nous entourons de Laurent Vernerey à la basse et Denis Bennarosh à la batterie, qui portent ainsi notre univers folk avec des arrangements fins et subtils.
R : C'est très important pour nous d'avoir la confiance de tous ces talents, cela rassure, ça nous a permis de gagner aussi beaucoup de temps.
-Vos chansons parlent d'amour, des sentiments amoureux, mais aussi et surtout de l'amour de la vie, de ces petits moments magiques qui la rendent palpitante. Êtes-vous fondamentalement optimistes ?
N : C'est vrai que les textes de Folkom révèlent plus d'optimisme que de côtés sombres. Il se trouve que lorsque nous composons, c'est un peu le prolongement d'un état d'âme, il se veut plutôt optimiste ! Alors tant mieux. Je crois que tout va bien docteur.
R : Je me souviens d'une discussion avec une ancienne journaliste, nous parlions de Camus qui lui-même venait de la presse. Je lui disais, avec toute ma candeur, que je trouvais l'homme pessimiste, elle de répondre : "Si l'on réfléchit bien, dans ce monde il n'y pas de quoi être optimiste !" On décide d'être heureux, cela demande des efforts, de la gestion, je vois les réjouissances dans le quotidien, je trouve que c'est la bonne échelle.
-Vos thèmes d'inspiration sont renouvelés, le ton est moins insouciant, plus réfléchi. C'est finement décrit, il faut souvent "lire entre les lignes"… Avez-vous le sentiment d'avoir mûri, progressé dans l'écriture des textes ?
N : Merci d'avoir relevé ce point qui nous semble essentiel. À nos débuts nous étions guitaristes avant d'être des auteurs, soignant ainsi avec exigence nos arrangements musicaux. Pourtant, il est évident que la plupart des gens écoutent avant tout le chant et donc le texte. Pour ce 3e album, nous avons donc remis en question notre niveau d'écriture, pesé chaque mot, précisé le ton, affiné la forme et le sens des textes. S'exprimer en français apporte beaucoup à la musique, les mots ont ce pouvoir de nous transporter et ce fut un plaisir d'approfondir cet exercice.
R : On évolue c'est certain, nous prenons d'autres chemins pour arriver aux idées, parce qu'avant d'écrire, il nous faut du contenu. Nous privilégions l'effet plus que la forme, la psychologie plus que la peinture, la surprise plus que la maîtrise.
Interview intégrale sur http://www.pinceoreilles.fr
CHRONIQUE
FOLKOM
"Perdus dans la nature"
CD 11 titres – Autoproduction
L'aventure est sur la route, elle surgit ici ou là, dans la rue, l'escalier, un train, une voiture… On croise des personnes attachantes, une concierge, une vieille dame, une jolie fille… Ces rencontres sont étonnantes, parfois désarmantes, toujours enrichissantes. L'univers de Folkom est fait de toutes ces joies du quotidien, ces petits riens, ces surprises, ces choix à faire, ces instants uniques qui valent le coup d'être vécus. Les guitares, folk à souhait, sont rehaussées de rythmiques enlevées, de belles teintes musicales ; s'y posent les voix fraîches, généreuses, de Nicolas et Renan.
Discographie :
"Folkom" (2006)
"Nouvelle donne" (2008)
"Perdus dans la nature" (à paraître, 20 octobre 2010)
Concerts à venir :
La Tête des Trains, Tousson, 9 octobre (annulé, reporté au 1er trimestre 2011)
Tournée à la Réunion en novembre (après le soleil vendéen, celui des Îles)
Théâtre Essaïon, Paris, 14 décembre 2010 (à réserver dès maintenant !)
AUTRES CHRONIQUES

NO TEARS
"Fragments"
CD ou vinyle 9 titres / Str8line Records
Tout est là, dans cette musique, toute une époque, ses sons, ses ambiances, son spleen. Les synthés envoûtants, les rythmiques basiques, la basse nerveuse, les guitares déchirantes ou cristallines, le chant habité, écorché, caverneux… On pense à Bauhaus, Virgin Prunes, Joy Division (reprise "She's lost control") et, de ce côté-ci de la Manche, à Charles de Goal, Marc Seberg, Jad Wio. Ne soyons pas si nostalgiques : No Tears a tout à fait sa place en 2010 avec ses influences post-punk, cold wave, mais aussi rock, électro. "Fragments" est le 3e album après "Borderline" (2004) et "Obsessions" (2008).

VOLUMATIK
"Démo édition 2010"
CD 5 titres + DVD (clips, photos, plaquette…)
Sur le CD, ça tape fort dès "Somnambule", ça nous tient jusqu'à "Wait for me", on en redemande ! Rythmes infernaux, basses hypnotiques, sons triturés, voix entêtantes, guitare folle… Volumatik, c'est deux filles et deux garçons aux expériences multiples : musique, théâtre, danse, arts plastiques, vidéo… L'ensemble est explosif, inventif, joyeusement décalé. Cette double démo (version finalisée prévue fin 2010) permet d'apprécier leur talent créatif, leur volonté d'intégrer diverses formes d'expressions au sein d'un projet musical électro-pop. Un concert s'impose, pour vivre la dimension scénique !