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jeudi 14 juillet 2016

Don't worry, be haRpy!

ISABELLE OLIVIER
« Don’t worry, be haRpy vol.2 »
Enja / Yellowbird Records / Harmonia Mundi
Sortie le 21 juin 2016



Il y a des chants d’oiseaux, en intro, comme sur le volume 1 ; des conversations avec un violon, la harpe s’ajoutant par petites touches jusqu’à un solo sautillant, d’inspiration celtique. Les voix, masculine et féminines, accompagnées ici et là par la clarinette, s’imposent ensuite, démarrent l’histoire de Côme, héros du « Baron perché » d’Italo Calvino.

Dans ce deuxième volet, les chants, en solo, en duo, en chœur, les sons acoustiques mêlés aux sons électroniques, enrichissent l’œuvre du départ, en font un véritable opéra, moderne, vivant, joyeux, triste, contemplatif, méditatif…, au fil des compositions d’Isabelle Olivier oscillant entre jazz, classique, traditionnel, réinterprétant les aventures de Côme dans son arbre. Il y a les essentielles guitare, contrebasse, batterie ; le violon, la clarinette, bien entendu la harpe, l’ensemble évoluant parfaitement pour nous faire prendre de l’altitude.

Le temps passe, je n’ai toujours pas lu « Le Baron perché », je n’ai pas eu l’occasion de revoir la harpiste en concert, ni dans la version « Grande forme » avec orchestre, chanteurs et chœur ni dans la version solo, mais j’ai reçu cet album et il a accompagné, à la fin du printemps, mes trajets en voiture, domicile-travail.

« Don’t worry, be haRpy vol.2 » est sorti le jour de la Fête de la Musique, Isabelle Olivier jouait en « Grande forme » à Versailles ce soir-là, moi j’étais à la maison devant mon ordi… Comme je le suis, encore aujourd’hui, à écrire ce que je m’étais promis de faire, enfin.

J’avais déjà écrit sur le premier volume, la version trio de « Don’t worry, be haRpy », sorti le 27 janvier 2015, dans un article intitulé « Femmes de jazz » ; il avait agréablement bercé mes allers-retours quotidiens, au cours de l’hiver. En mars, je découvrais Isabelle Olivier en concert avec huit musiciens, à Noisiel, à la Ferme du Buisson, salle de l’Abreuvoir, dans le cadre du festival « Printemps du Jazz ».

Je fus enchantée, touchée par toute cette gentillesse, toute cette humanité qui se dégageaient d’elle, par son jeu généreux, habité et virtuose, par toutes ses belles façons de communiquer. J’ai écrit un compte-rendu du concert, pour partager mon expérience, mes ressentis, ajouter quelques photos, qu’il reste une trace.

Et puis l’on passe à autre chose, l’on s’extasie sur un(e) nouvel(le) artiste, l’on s’enflamme à l’occasion d’un « fameux » concert, l’on range les disques pour faire de la place aux autres, l’on suit l’actu…

L’actu, ce serait d’aller voir, ce soir, mercredi 13 juillet 2016, Isabelle Olivier à Chicago, au Garfield Conservatory Park pour une « Grande forme » ou bien, le 31, à l’Atelier 54 pour un solo…

Je me conterai de voyager chez moi, en écoutant « Don’t worry, be haRpy vol.2 » avec un œil sur la pochette, où les musiciens sont perchés sur un arbre, où la harpiste fait de la balançoire, accrochée à son instrument flottant au-dessus d’elle, où l’on aperçoit, en décor, outre ce magnifique ciel nuageux, le château fort de Blandy-les-Tours. Un bel endroit où retourner, au cours de l’été, avec, en poche, un exemplaire du livre « Le Baron perché », par exemple.








Articles précédemment édités:




samedi 12 mars 2016

News fraîches de jazz

Avec, dans l’ordre d’apparition :

-1-MÉDÉRIC COLLIGNON « MoOvies »
-2-LATIN JAZZ Compilation double CD
-3-LIGNE SUD TRIO « Lendemains prometteurs »
-4-XAVIER HARRY « Essence of »
-5-MARIO STANCHEV & LIONEL MARTIN « Jazz Before Jazz »
-6-PIERRE PERCHAUD, NICOLAS MOREAUX, JORGE ROSSY « FOX »

1) MÉDÉRIC COLLIGNON
« MoOvies »
Justlooking Productions / Harmonia Mundi
Sortie le 5 février 2016
Sans connaître forcément les BOF revisitées ici, l’on peut aisément se faire des films à l’écoute de ce disque, donnant aussi envie de voir ou de revoir « Dirty Harry », « Brubacker », « Bullitt », « Sudden Impact » ou « Magnum Force » (Lalo Shifrin), « Dollars » et « The Lost Man » (Quincy Jones), « The Taking of Pellam » (David Shire). Ces grands compositeurs de musiques de films vont à ravir au cornet enchanté de Médéric Collignon et de ses compagnons électrisés du Jus de Bocse.


2) LATIN JAZZ
Compilation double CD
Cristal Records / Harmonia Mundi
Sortie le 19 février 2016
Voici l’occasion d’une agréable et intéressante immersion dans le jazz latino-américain passé et actuel. Sur le premier disque, quinze titres  (choisis par Claude Carrière) interprétés par des « grands » et leur orchestre, tels Dizzy Gillespie, Louis Armstrong, Duke Ellington, Nat « King » Cole, Stan Getz… Sur le second, figurent treize compositions d’artistes du label Cristal Records, comme Carlos « El Tero » Bushini (« Rio Xanaes ») ou David Reinhardt (« Tu Palabra »). Une chouette balade, sous le soleil, d’une plage à l’autre.


3) LIGNE SUD TRIO
« Lendemains prometteurs »
Cristal Records / Harmonia Mundi
Sortie le 19 février 2016
Christian Gaubert est au piano et à la composition, André Ceccarelli à la batterie, Jannick Top à la basse. La trompette de Christophe Leloil entre dans la danse dès le premier titre « Inspiration ethnique », poursuit son souffle mélodique sur « Lendemains prometteurs » puis, plus loin, sur « Impression dominante » et « Green Dolphin Street » (de Bronislau Kaper). « Humeur changeante » donne la part belle à l’élégante clarinette basse et au saxophone velouté de Thomas Savy, qu’on retrouvera sur « Valse indansable » et « Mouvement obsédant ». « Comme un espoir » est en trio, « Ilien » et « Mare nostrum » de passionnants pianos solos, pour clôturer l’album.

4) XAVIER HARRY
« Essence of »
Harry Creation / Absilone Technologies
Sortie le 22 février 2016
Ce jeune pianiste et compositeur d’origine guyanaise, né en 1979 à Fontenay-sous-Bois, livre sur ce troisième album des œuvres uniquement de sa création personnelle. De solide formation classique et jazz, il a aussi étudié les musiques créoles, que l’on retrouve au cœur de son « Essence of », déclinée en six volets. L’on suit d’un bout à l’autre ces savoureuses compositions se développant sur huit à dix minutes (excepté « Essence of Hope » qui n’en fait pas quatre). L’on prend le temps, sur la longueur, de flâner, musarder, s’extasier, s’emballer, se recueillir, ressentir…

 
5) MARIO STANCHEV & LIONEL MARTIN
« Jazz Before Jazz »
Cristal Records / Harmonia Mundi
Sortie le 4 mars 2016
Louis Moreau Gottschalk, pianiste et compositeur né à La Nouvelle-Orléans en 1829, est réincarné dans cet album qui lui est totalement dédié. Un précurseur du jazz, avant le jazz. C’est l’occasion, avec le saxophoniste Lionel Martin et le pianiste Mario Stantchev, de découvrir une musique joyeuse, chaloupée, inventive, inspirée par Porto Rico, La Havane, les Caraïbes, le continent africain… « Romance cubaine », « Bamboula » ou « Le banjo » en sont de fameuses démonstrations.


6) PIERRE PERCHAUD, NICOLAS MOREAUX, JORGE ROSSY
« FOX »
Jazz&People / Harmonia Mundi
Sortie le 4 mars 2016
Honneur à la guitare de Pierre Perchaud, entouré de Nicolas Moreaux à la contrebasse et de Jorge Rossi à la batterie (connu mondialement pour avoir joué avec Brad Mehldau). « Paloma » et sa superbe introduction mélodique, ses improvisations, est suivie d’un « And I Love Her » des Beatles guilleret et cristallin. « Fox » fait tourner en bourrique, « Vol de nuit », apaisant, suggère un air connu. « Strange Animal » en appelle à l’imaginaire, « Moon Palace » au charme désuet des grands palaces. « Pour Henri » est un blues, « Whisperings » pourrait se danser à deux, « Ya-Ya » figurer sur la bande originale d’un film d’amour et d’espionnage. La romance espagnole « Paloma Sonando » referme avec panache ce disque indispensable.

mercredi 17 février 2016

Charles de Goal : nouveau double LP


Mobilisation / Résistance

Sortie le 18 février 2016

« Release Party » à Mains d'Oeuvres (St Ouen) le jeudi 17 mars 2016, avec les concerts de : Charles de Goal  Komplikations  + Infecticide.

Double LP
Disponible en vinyle, en CD, en téléchargement mp3
Mixé et produit par AE
Peintures : Philippe Huart
Artwork : Huart/Cholley
Dédicacé à Jean-Philippe Brouant, décédé le 3 juin 2014.


L’EP précédent, « Zigzag », est sorti en version vinyle et je l’avais acheté lors du concert de Charles de Goal au Point Éphémère, le 20 juin 2015. Je n’ai jamais pu l’écouter sur ma platine disques, car je n’en ai plus depuis cinq ans, mais je me suis repassé les deux morceaux en boucle (« Zigzag » sur la face A, « Damaged Goods » de Gang of Four sur la face B) sur le lecteur internet de Danger Records.

C’est comme pour « Double face », sorti chez New Rose en 1986, jamais réédité en CD, pour mon plus grand malheur ! Charles de Goal a même opté pour la démarche inverse : en 2014, « Algorythmes » (1980) est ressorti uniquement en vinyle, dans une version remasterisée. Il y eut, le 15 mars, ce concert mémorable à Mains d’Œuvres où le groupe a repris, dans l’ordre, les neuf titres de l’album, notamment « Exposition », « Frédéric », « Modem »… Je voyais Jean-Philippe Brouant, le batteur, pour la dernière fois.

Nous voilà en 2016 et Charles de Goal prend de nouveau le parti d’éditer sa musique sous forme de deux LP vinyles, rien que ça ! L’artwork est superbe, met en valeur les peintures de Philippe Huart, présent depuis les débuts dans les projets de CDG et pour la réalisation des pochettes d’album.

« Mobilisation + Résistance » : c’est du lourd, c’est du dur, c’est du dense, dix-sept titres au compteur, durée 72 minutes ! Il faudra toutefois suspendre l’écoute pour changer de face, en veillant à poser délicatement la fine aiguille sur les sillons fragiles, puis ranger soigneusement le premier disque avant de sortir l’autre… Que nenni pour moi ! J’ai tout en mp3 !



Alors hop ! C’est parti pour « Mobilisation » et le cinglant « 7 x », avec Jean-Philippe Brouant à la batterie, puisque l’album était déjà en grande partie enregistré avant qu’il ne décède. Sur « Extinction », c’est le jeu de basse de Vincent Guilluy, qui a dorénavant remplacé Étienne Lebourg. Ce dernier faisant encore partie de Charles de Goal au moment des enregistrements, il y figure, comme dans « Zigzag », le titre suivant. « 20 œil » est un instrumental généreusement cold wave, avec une intro du tonnerre, une montée en tension, la frénésie des guitares. Thierry Leray s’en donne à cœur joie avec ses synthétiseurs.

« Faille », premier titre de la deuxième face, a un sens mystérieux, certainement seul connu véritablement de Patrick Blain qui a l’art, dans ses textes, de semer le doute, d’éveiller la curiosité, donnant envie d’interpréter, de trouver des réponses. « À feu et à sang », au ton direct, très énervé, voit apparaître la guitare d’Omer Leray, fils de Thierry. On avait apprécié sa touche metal et juvénile au cours des concerts de Charles de Goal, en 2015. « Obsolescence programmée » n’a pas de sens caché, du moins en surface : c’est un hommage au batteur et ami disparu subitement, à même pas cinquante ans. « Blackpool », en anglais, parle d’une ville et de gens étranges, d’une nuit très spéciale, sur un rythme irrésistiblement enclin à déclencher la danse.



Pause ! Sur « Résistance », « Ténèbres » est explicite, précis, efficace ; je m’abstiendrai d’en dévoiler quoi que ce soit ici. « Larmes à gauche » a ce petit côté gothique electro qui me plaît bien, mais de qui, ou de quoi, parle-t-on vraiment ? Le suivant est « Insight » de Joy division, chaotique, déglingué, maîtrisé. « Point de mire » explore un angle assez obscur, plutôt secret.

Sur la face B, « Metastasis » use de troublantes métaphores, « En hiver » m’évoque ce que peut éprouver un être en dépression. « Repos mérité » fait dans l’humour noir, très noir, comme j’aime, style « Araignée du soir » de « Double face », avec sa boîte à rythmes et ses synthés 80’s, ses guitares nerveuses et acérées dont Charles de Goal a le secret. « Fin de parcours » démarre sur un rythme effréné, déverse son lot de surprises, de détours et d’effets. « Serbènét » est un mix improbable, un bric-à-brac ahurissant aux multiples influences, ponctuant l’œuvre sur un « rock » bien senti.

Dernières infos :

Le double album « Mobilisation / Résistance » sera disponible en trois versions :

-Version Collector à 100 exemplaires comprenant : Vinyles + Code de Téléchargement + Emballage sérigraphié + Textes imprimés
-Version Vinyle à 400 exemplaires
-Version CD à 500 exemplaires

« Tout » sur Charles de Goal sur mon ancien blog  et sur celui-là.


Mobilisation
Face A
1- 7 x
2- Extinction
3- Zigzag
4- 20 œil

Face B
1- Faille
2- À feu et à sang
3-Obsolescence programmée
4- Blackpool

Résistance
Face A
1- Ténèbres
2- Larmes à gauche
3- Insight (Joy Division)
4- Point de mire

Face B
1- Metastasis
2- En hiver
3- Repos mérité
4- Fin de parcours
5- Serbènét

Chant, guitare : Patrick Blain
Synthétiseur, guitare : Thierry Leray (AE)
Basse : Vincent Guilluy (Vinz)
Guitare additionnelle : Omer Leray
Batterie : Mat (en concert)

Il y a la batterie de Jean-Philippe Brouant et la basse d’Étienne Lebourg, les membres précédents du groupe.

dimanche 17 janvier 2016

Erik Truffaz Quartet à la Caravelle de Meaux


C'est avec une joie immense que je me dirigeais vers la salle de concert de l'Espace Caravelle, ce vendredi 8 janvier 2016. Erik Truffaz Quartet, mon premier concert de l'année !

J'arrive tôt pour être bien placée, tout en bas, sur le premier fauteuil, en face de la scène. Les gradins sont pleins (le concert affiche complet) quand ça démarre, avec "Kudu" et "Fat City".

Le trompettiste salue son public, l'informe que le concert est enregistré pour une prochaine émission sur France Musique, que "Kudu" (composé en Afrique du Sud) et "Fat City" sont des titres de son nouvel album, "Doni Doni" (il sortira le 15 janvier 2016).

On enchaîne avec "Pacheco", "The Dawn", Szerelem"..., on est subjugué par le jeu subtil et foisonnant d'Arthur Hnatek (par ailleurs batteur de Tigran Hamasyan, rien que ça) qui a remplacé Marc Erbetta. Benoît Corboz se déchaîne aux claviers, du grand art comme toujours, Marcello Giuliani promène ses doigts avec dextérité sur sa basse mélodique et raffinée.

Erik Truffaz est zen, concentré, inspiré. Son jeu invite à la sérénité, à la méditation, au voyage. J'oublie le temps, tout à la musique, savourant les solos, balançant la tête, applaudissant, tapant des mains quand le trompettiste (il utilise aussi son bugle) engage le public à le faire.

Plus tard, il y aura "Seydou" (?),"Doni Doni" (petit à petit, en bambara, au Mali).., un rappel avec deux titres plus anciens, "Les gens du voyage" et "Lost in Bogota", sur l'album "In Between" (2010, déjà !).

Le saxophoniste Guillaume Perret est dans la salle et dès que les lumières se rallument, il fonce vers les loges, je me dis qu'une rencontre entre les musiciens est certainement prévue... J'en aurai la confirmation par une photo sur le Facebook d'Erik Truffaz, rassemblant le trompettiste, le saxophoniste, le bassiste et le batteur.

L'émission de France Musique enregistrée à Meaux peut s'écouter ici.

"Tout" au sujet d'Erik Truffaz sur ce blog, ici-même.

Puisque l'on est à parler jazz, signalons la sortie de deux disques que j'apprécie particulièrement, il s'agit de celui d'Anna Farrow (chant, composition, écriture des textes), "Days & Moods" (sortie le 15 janvier 2016) et celui du jeune saxophoniste Baptiste Herbin, en quintette et avec des invités de marque, "Interférences" (sortie le 22 janvier 2016).

"Days & Moods"
Denova Music /Ropeadope
La voix, sensible, expressive, rappelant celle de Beth Gibbons ou d'Alison Goldfrapp, me plaît d'emblée,  ainsi que le côté trip hop émanant de certains titres. C'est tout à la fois léger ou plus grave, joyeux ou plus mélancolique, selon le temps qu'il fait, les endroits, les humeurs... et les jours.
En concert le 28 janvier 2016 au Cri du Port à Marseille, au Sunside (Paris) le 4 février.

Baptiste Herbin
"Interférences"
Just Looking Productions / Harmonia Mundi
Un jeune qui en veut, au jeu de saxophone alto enlevé et luxuriant, des compositions aux rythmes afro, subtiles et raffinées. On se laisse porter d'un bout à l'autre des quatorze plages, jusqu'à ce fameux "Ask me now" (Thelonius Monk) en solo et ces "Interférences" pour conclure en beauté.
En concert les 19 et 20 février 2016 au Sunside (60 rue des Lombards, 75001).

Erik Truffaz Quartet à la Caravelle de Meaux
8 janvier 2016
(Erik Truffaz, Benoît Corboz, Marcello Giuliani, Arthur Hnatek)
Cliquer sur la première photo pour le diaporama.























dimanche 11 octobre 2015

Six albums de jazz


Le jazz, ça s’apprivoise, ça s’entretient, son écoute se travaille, au quotidien. Depuis juin 2015, l’attachée de presse Arielle Berthoud m’a envoyé des disques, que j’ai laissés de côté cet été, avant de les insérer, les uns après les autres, début septembre, dans mon autoradio, reprenant alors mes trajets en voiture vers mon lieu de travail.

L’appropriation d’un disque de jazz ne se fait pas en une seule fois ; il a fallu que je les réécoute, chacun, à de nombreuses reprises, pour en saisir un peu plus les subtilités, les nuances, pour mieux appréhender le jeux des instruments, leurs dialogues, les solos, les enchaînements, les émotions…

C’est sûrement moins immédiat que pour d’autres genres musicaux. Il y a parfois des disques où une seule écoute suffit, on en fait vite le tour.

Les six albums dont je parle ici sont :

- TRIO SOLEIL
« Jazz Ka Philosophy 9 »
-CHAMBER METROPOLITAN TRIO
« Arkhè »
- LILITH DUO & DRUMS
« Shamanes »
- PHILIPPE SOIRAT QUARTET
« You Know I Care »
- GILAD HEKSELMAN
« Homes »
- MAM
« Human Swing Box »


TRIO SOLEIL
« Jazz Ka Philosophy 9 »
Label Jazz Ka
Sortie le 1er juin 2015
Franck Nicolas (trompette, bugles, coquillages, Mélodica, Rhodes)
Nelson Veras (guitare acoustique)
Sonny Troupé (batterie, gwo ka, casseroles)

Le jazz ka a été créé par le Guadeloupéen Franck Nicolas, c’est un mix entre le jazz et le tambour traditionnel des Antilles. Le musicien chercheur joue ici, en trio, douze titres basés sur les gammes guadeloupéennes, légers, délicats, chaloupés, ensoleillés. Les treize autres plages (avec possibilité de play back) sont à vocation pédagogique.
Il y eut un concert du Trio Soleil le 13 juin dernier au Sunset (et une tournée antillaise), ceux à venir vont réchauffer et colorer le climat ambiant automnal : rendez-vous le 13 octobre au Baiser Salé parisien puis le 17 novembre au Triton, aux Lilas (93).


CHAMBER METROPOLITAN TRIO
« Arkhè »
Label et distribution Hybrid’Music
Sortie le 24 août 2015
Matthieu Roffé (piano)
Thomas Delor (batterie)
Damien Varaillon (contrebasse)

C’est un disque basé sur l’improvisation, enregistré comme tel ; puisant, entre autres, dans les racines classiques européennes et le jazz noir américain, influencé aussi par la littérature, la poésie, la philosophie, la sagesse orientale.
Il faut se laisser porter, laisser son esprit flotter mais pas trop, avoir une écoute active tout en musardant, de ci de là, quitter le chemin principal pour mieux y revenir ensuite, puis le perdre à nouveau…
Après le concert du Chamber Metropolitan Trio au Sunside le 9 septembre, suit, en ce mois d’octobre, une tournée au Japon.


LILITH DUO & DRUMS
« Shamanes »
Label Wild Scat, distribution Socadisc
Sortie le 4 septembre 2015
Isabelle Calvo (chant, piano, harmonium, tambour)
Arnaud Bécos (piano, Rhodes, Mélodica)
Charles Duytschaever (batterie)

Le jazz se vêt ici de paroles et de chansons, à commencer par « La Terre », une improvisation collective sur un texte d’Italo Calvino. Isabelle Calvo, qui joue principalement en duo avec le pianiste Arnaud Bécos (cinq albums sortis depuis 2004), invite ici le batteur Charles Duytschaever pour onze titres percutants, sur le thème de la féminité, dans ce qu’elle a de doux ou de plus sauvage, d’inattendu et de déconcertant, aussi.
« Lettre à Tara » est un texte saisissant ; Lilith, femme libre et sulfureuse, s’adresse à Tara, divinité indienne de la Grande Sagesse. Signalons la reprise planante et aérienne du « Black Hole Sun » de Chris Cornell, connue internationalement grâce à Nirvana.
Des concerts de Lilith Duo & Drums ont eu lieu récemment à Tours, à Bordeaux, à Toulouse et à Lyon, plus un autre au Triton, le 25 septembre…


PHILIPPE SOIRAT QUARTET
« You Know I Care »
Label Paris Jazz Underground, distribution Absilone/Socadisc
Sortie le 15 septembre 2015
Philippe Soirat (batterie)
David Prez (sax ténor)
Vincent Bourgeyx (piano)
Yoni Zelnik (contrebasse)

La batterie est en ligne de mire, tout au long des onze titres (neuf standards reconfigurés pour l’occasion, une compo personnelle : « Dear Jean », l’autre de David Prez : « Ants Get Sip ») pour lesquels Philippe Soirat a convié trois autres pointures du jazz parisien à s’amuser avec lui, à entrer dans ses rythmiques sautillantes et facétieuses.
« The Eye of the Hurricane » est de Herbie Hancok, « Ugly Beauty » de Thelonious Monk, « Valse Triste » de Wayne Shorter, « Woody’n You » de Dizzy Gilepsie… L’ambiance est cosy, détendue, à écouter tranquille, au fond d’un bon fauteuil, un verre à la main, tout en hochant la tête sur la batterie, en suivant les impros du piano, les circonvolutions du sax, les divagations de la contrebasse.
Phippe Soirat était en concert au Sunside le 18 septembre en quartet. Il y jouera (et au Sunset) en qualité de batteur le 2 novembre (hommage à Johnny Hodges), le 28 novembre (Jessie Davis & Ronald Baker Quintet), le 30 décembre (Sara Lazarus Quartet), puis le 17 mars 2016 à Nancy.


GILAD HEKSELMAN
« Homes »
Label Jazz Village, distribution Harmonia Mundi
Sortie le 2 octobre 2015
Gilad Hekselman (guitares)
Joe Martin (basse)
Marcus Gilmore (batterie)

Place à la guitare dans cet opus (le cinquième) intimiste et feutré, enregistré à New York (Broklyn plus précisément) où le musicien vit depuis dix ans. Né en Israël en 1983, Gilad Hekselman vient étudier à la New School for Jazz and Contemporary Music new-yorkaise, et y trouve, en compagnie de Joe Martin et Marcus Gilmore, le trio idéal pour son inspiration.
Ces « maisons » de tous pays font voyager dans un imaginaire proche ou plus lointain, invitent à la rêverie, au-delà des frontières. Dans « Keedee », reprise de Pat Meheny, il y a deux batteurs, Jeff Balard (Ray Charles, Brad Mehldau, Pat Meheny justement) s’y régalant visiblement, et réapparaissant pour un « Last Train Home » très africain.
Tous ces concerts sont à venir : 26, 27 et 28 novembre au Duc des Lombards, le 29 à Gothenburg, le 1er décembre à Salon-de-Provence, le 3 à Marseille…


MAM
« Human Swing Box »
Label Buda Musique, distribution Socadisc
Sortie le 13 novembre 2015
Viviane Arnoux (accordéon, voix)
François Michaud (violon, alto, voix)
Norbert Lucarain (human beat-box, claviers, percussions corporelles, tambourin)

Eux, je les connais bien, je les suis depuis plusieurs années, j’ai chroniqué plusieurs de leurs créations, je les ai vus en concert, alors j’en reparlerai bientôt, plus précisément, de cet album puissant qui m’a mis une belle claque !

dimanche 13 septembre 2015

Interview intégrale de Maz Plant Out


Le fameux quatuor folk pop joue aux Cuizines de Chelles (77) le 10 octobre 2015 (avec Syd Kult, Diamond Fizz, Jet Banana) pour la sortie de "Three Quests", deuxième EP après "Three Tales" (2014). 

Groupe Pépinière 2012, Maz Plant Out avait autoproduit "Taste of Home", premier album subtilement arrangé. 

Entretien avec Marion (textes, compositions, harpe, chant), point sur les années passées, les projets à venir…




Le 31 août 2015

Bonjour, Maz Plant Out. Je suis très heureuse de vous interviewer pour le Transistor ! C’est pour le numéro 46 qui paraîtra début octobre 2015.

Bonjour Elsa, nous sommes ravis de répondre à cette interview et très reconnaissants au Transistor de nous mettre en couv'! Je (Marion) répondrai au nom du groupe.

-1- Tout d’abord, quelle(s) signification(s) donnez-vous au nom de votre groupe ? Dans quelles circonstances l’avez-vous choisi ?

La genèse provient d'Angleterre où j'ai vécu plusieurs années pendant mes études. "Maz" est un surnom que l'on m'a donné. Quand je suis rentrée en France et que le groupe s'est formé, il était évident pour moi que ce surnom devait apparaître étant donné que c'est là-bas qu'on m'a appelée "musicienne" pour la première fois.
Si vous regardez le logo, vous verrez un labyrinthe dans le camée et du lierre entremêlé. Le lierre est une mauvaise herbe qui pousse, quoiqu'il arrive, vers la lumière. En anglais, labyrinthe se dit "maze". Alors, Maz Plant Out, c'est trouver son chemin à travers le labyrinthe en suivant la lumière.

-2- Vous vous êtes formés en 2001. Comment expliquez-vous que votre premier disque autoproduit, "Taste of Home" ne soit sorti qu’en 2012 ?

En 2001, nous étions très jeunes et nous n'étions pas du tout dans une démarche de développement. Un label anglais (Locarecords) avec qui j'avais déjà collaboré là-bas nous a signés pour sortir un EP "Chansons pour pendus" (2002) dont nous n'avons rien fait du tout. Nous attendions naïvement que quelqu'un entende notre musique de notre fenêtre et vienne toquer à notre porte pour nous promettre la lune. Bien sûr, le groupe a capoté.
Puis en 2008, on s'est reformé et quand Georges (le bassiste) a rejoint le groupe (avec Laurent à la batterie et aux percussions) en 2011 et que l'on s'est senti entier, Widad (la violoniste) nous a poussés à réellement nous projeter vers un album ambitieux, avec de beaux arrangements de cordes, ce qui a donné "Taste of Home".

-3- Maz Plant Out a été sélectionné groupe Pépinière du réseau Pince Oreilles en 2012. Quels avantages, quels bénéfices, quelles aides avez-vous tiré de ce dispositif ?

Ça nous a d'abord permis de valider notre projet en voyant que notre musique était appuyée par des professionnels. C'était un moment étrange pour nous car notre projet était en train de prendre son envol tout en changeant de face avec le départ de notre pianiste, pour devenir un projet "harpistique". Il a fallu reprendre le flambeau d'un présent tout en construisant un avenir.
Nous avons aussi découvert l'étendue du réseau Pince Oreilles et joué dans différents lieux comme le Pub ADK, l'Empreinte, l'EMAA (Ecole des Musiques Actuelles et Appliquées), l'Écoutille, File 7, les Cuizines. Nous avons pu enregistrer une belle session live au Canal Coquelicot, échanger avec Laurent Boutigny sur Vallée FM et rencontrer Myriam Eddaira du Studio D’IKKEN avec qui nous n'avons pas encore réussi à travailler, mais one day baby !

-4- Quels soutiens Maz Plant Out reçoit-il de la part des Cuizines ? Enregistrement, répétitions, logistique… ?

Grâce aux Cuizines, nous avons pu travailler avec des personnes comme Faustine, ou Cyrille Champagne qui nous ont aidés à explorer notre projet et à consolider les directions musicales que nous voulions prendre. Nous avons également participé à la compilation du CBGB en 2013 et rencontré Sébastien Chialli qui a enregistré notre session. On s'est bien compris et il a superbement mixé notre son. Du coup, malgré son départ des Cuizines, nous avons collaboré avec lui pour le mix de notre deuxième EP "Three Quests".
Les Cuizines, c'est vraiment un super lieu de rencontres avec les acteurs du 77 (musiciens et autres), notamment grâce aux sessions de formations qu'ils proposent avec File 7 et qui permettent de nous armer face à la réalité musicale actuelle. Ce n'est pas forcément évident pour nous d'évoluer aux Cuizines qui est un lieu plutôt métal, rock, reggae. On se sent souvent comme des ovnis.
Mais chaque fois que nous avons besoin de faire un point sur nos besoins pour faire avancer notre projet, l'équipe des Cuizines n'hésite pas à se poser avec nous pour nous aider à nous focaliser sur nos priorités et trouver des solutions par rapport à nos moyens.
C'est comme ça que nous avons réussi à sortir le premier EP de notre quadrilogie, "Three Tales". Nous l'avons enregistré aux Cuizines en live dans des cabines séparées, en échange d'une action culturelle auprès de l'école Docteur Roux de Chelles avec notre conte pour enfants "Miss you Mama". Et bien sûr, les Cuizines nous permettent de pouvoir sortir notre deuxième EP "Three Quests", lors d'une belle soirée prochaine!

-5- Quels autres soutiens recevez-vous (ou avez-vous reçu) des membres du réseau Pince Oreilles ?

Nous sommes bien épaulés par File 7, qui est le lieu géographiquement le plus proche de nous avec les Cuizines. File 7 nous a donné beaucoup d'opportunités. C'est là-bas que nous avons présenté notre premier concert Maz Plant Out à la harpe, c'est grâce à l'invitation de Jérémy pour un concert pour enfants que j'ai monté "Miss you Mama" avec Widad, c'est avec eux que nous avons mené nos pas à la prison de Meaux. C'est une équipe qui a toujours eu un discours très positif sur notre projet.
Nous avons été très gentiment accueillis par toutes les autres structures du réseau où nous avons joué. Mention spéciale à Olivier Lehrer de l'Écoutille qui soutient activement notre projet et qui est toujours prêt à mener à bien une action avec nous. En 2014, il nous avait notamment donné la possibilité de présenter "Miss you Mama" à l'école Brel de Courtry. Chaque fois que je l'appelle, il est partant pour nous aider, merci Olivier!

-6- L’EP "Three Tales" est sorti au cours de l’été 2014. La date de sortie officielle de "Three Quests" (également un EP) est fixée au 10 octobre 2015 (vous donnerez alors un concert aux Cuizines). Concernant ces EP, il est question d’une "quadrilogie". Pouvez-vous expliquer votre démarche ?       

Nous voulons sortir 4 EP de trois titres autour du thème "The Smell of Books" que nous réunirons dans un coffret, une fois le quatrième disque sorti. Il s'agit en fait d'histoires collectées depuis mon enfance, des contes, des mythes, des livres, des films qui font écho à ma propre histoire. C'est une excellente façon pour moi de défendre les morceaux sur scène.

Avec "Taste of Home", je présentais sur scène des chansons très intimes et c'était dur parfois de les expliquer, de se dévoiler totalement. Ces chansons étaient des textes que j'avais écrits pour moi.

Cette fois, ma démarche est tout autre, j'ai détourné des histoires qui me parlent et me correspondent mais je peux les donner au public sans avoir peur de me sentir nue sur scène, comme dans ces mauvais rêves. 

C'est la distance parfaite, je peux me mettre au service de l'histoire ou me plonger dans mon ressenti, mon émotion. C'est important pour moi d'avoir le choix parce qu'on n'a pas toujours envie d'être dans l'état du moment où l'on a écrit la chanson. Maintenant, j'ai un interrupteur.

Le 1er EP, "Three Tales", est centré autour de la harpe celtique, en live acoustique, le 2ème, "Three Quests", est enregistré à la harpe celtique électrique avec des pédales à effets. C'est lui que nous présenterons le 10 Octobre aux Cuizines. Le 3ème EP sera enregistré à la grande harpe et explorera la sonorité de l'instrument avec des arrangements de cordes et enfin le 4ème sera encore plus orchestré.

-7- Qu’avez-vous tiré de votre expérience à la prison de Chauconin-Neufmontiers, en mars 2015 ? Il s’agissait seulement d’un concert, ou d’actions culturelles régulières menées à l’intention des détenus ?

Il s'agissait d'un concert unique, pour l'instant. C'était pesant de rentrer dans cet antre où tout est passé à la loupe. Surtout que j'avais fait le choix de venir avec les deux harpes, l'électrique et la grande. Le moment de la fouille a été épique. On sent vraiment qu'on sort de la société.
Ce qui est magique, c'est que le fait de chanter des histoires aide à bâtir un pont entre le public et nous. D'habitude, on ne se pose pas la question de savoir d'où vient le public, ce qu'il a fait avant de venir. Là, c'est différent, on sait que les personnes en face de nous ont fait quelque chose de négatif.
Mais on ne vient pas pour juger ou faire la morale, on vient amener de l'imaginaire mais aussi du connu, du familier à travers les contes sélectionnés et chacun choisi l'introspection ou l'écoute du récit. Les détenus nous ont beaucoup remerciés, c'était cool de sentir qu'on leur avait offert un voyage en dehors du temps, une parenthèse de bouffée d'air.

-8- Comment se sont passées pour vous les Rencontres internationales de harpe celtique de Dinan (Côtes d’Armor, 8 au 12 juillet 2015). Vous avez joué dans un théâtre, mais aussi dans la rue ?

Nous participons aux Rencontres depuis juillet 2013. Nous avons commencé dans le Off "Harpes en rue". On arpentait les rues pavées de Dinan avec notre matos, chargés comme des bourricots (avec une harpe, les pavés, c'est le top !). 

De spots en spots, désignés par la Maison de la Harpe, les organisateurs sont vraiment des personnes super d'ailleurs. Les gens se posaient autour de nous, prenaient le temps d'écouter, c'était vivifiant! 

On est revenu pour "Harpes en rue" en juillet 2014 et dès le premier concert sur le parvis du théâtre, la présidente des Rencontres nous a fait savoir que nous serions programmés l'année suivante. Du coup, nous attendions cette date avec impatience.

Jouer aux Rencontres internationales de harpe celtique pour une harpiste, c'est un peu la classe ! Nous avons été reçus comme des rois ! Nous avions pu parfaire notre set avant de venir sur la scène de Malraux, à Claye-Souilly. Et grâce à Pauline Salomna qui nous a fait le son et la lumière, on est arrivé à Dinan avec un set réglé comme du papier à musique. 

Et puis... pendant que je présentais la deuxième histoire, une de mes cordes aigues a pété... Ce qui a mis tout le jeu de ma main droite à la poubelle pour le reste du concert. Il a fallu rebondir, improviser, faire le deuil de jouer comme une déesse aux Rencontres internationales devant mes pairs.

Heureusement, il y a une super écoute dans le groupe. Ce sont des musiciens non seulement talentueux mais avec qui nous avons tout de même de la bouteille et ils m'ont aidée à combler les trous de ma corde manquante. 

Au final, le concert a tout de même été une réussite, on a été félicité pour notre prestation mais aussi pour notre sang froid. J'ai eu droit à tous les récits de moments de solitude de cordes cassées en live de tous mes harpistes préférés, c'était drôle ! 

Ce qui est marrant aussi, c'est que là-bas, nous passons pour des rockeurs alors qu'ici nous avons l'impression de passer pour des gentils elfes des bois.

-9- À Nantes, il s’agissait uniquement de concerts de rue ? Comment se sont passées les rencontres avec le public ?

Nous avons joué dans les rues de Nantes en 2014, avant notre deuxième Dinan. C'est fou comme la harpe est un instrument qui attire les gens. Le violon aussi. Les gens s'arrêtent spontanément, intrigués, je pense, d'entendre des instruments classiques jouer dans un autre répertoire, qui ne soit pas non plus celtique. Certains restent pour quelques morceaux, d'autres pour tout le concert.
Ce qui est vraiment gratifiant, c'est d'avoir les retours immédiats des gens pendant et après le concert. Beaucoup nous félicitent pour notre originalité. Ça fait du bien parce qu'on a l'impression qu'il faut se plier à un genre musical pour rentrer dans une case afin que l'on puisse nous "placer" quelque part. Alors recevoir des encouragements admiratifs, ça permet de garder la foi en son projet.
Je me souviens d'une anecdote pendant que l'on jouait dans les douves du château des Ducs à Nantes, y'a un papa qui visitait le château qui nous a crié du haut d'une tour : "C'est quoi le nom de votre groupe ?  -Maz Plant Out ! – Hein ?! -Maz Plant Out !!! -C'est vachement bien !" avait-il crié avec ses mains en porte-voix.
Jouer dans les rues, c'est vraiment intéressant parce que le public n'a pas été trié par une programmation, on joue sur la surprise et en été, les gens sont détendus, disponibles pour découvrir. Mis à part une remballe éclair sous la pluie, notre expérience à Nantes a été un total bonheur.

-10- Le conte musical pour le jeune public "Miss you Mama" (duo Marion et Widad) sera-t-il toujours d’actualité pour 2015/2016 ?

Oui, bien sûr, le conte continue de tourner dans tout lieu pouvant être obscur et accueillir notre matériel d'ombres chinoises et la grande harpe. Nous sommes aussi en lien avec les écoles Montessori et bilingues, vu que l'histoire de notre conte est construit sur notre répertoire français/anglais. Nous aimerions également transcrire ce projet en livre-audio. Ça fait partie des projets que j'aimerais voir prendre corps en 2016 avec notre graphiste Alexandre Bayle, dans le même univers visuel que la pochette de "Three Tales".

-11- Il y a aussi le projet d’orchestration de la musique de Maz Plant Out avec les orchestres et ensembles des conservatoires Marne et Chantereine : ce sera un travail de longue haleine sur toute la saison 2015/2016 ? Avec des concerts permettant de mettre en lumière le fruit de vos recherches ?

Oui, monter sur scène avec un orchestre, c'est une grosse envie depuis notre collaboration avec un quatuor à cordes sur notre premier album "Taste of Home". Nous sommes tous enseignants dans la musique et nous aimons l'idée de bosser avec des profs et des élèves avancés, qui se posent sûrement des questions sur le devenir de leur rôle avec leur instrument. Ça nous semble important de pouvoir leur montrer justement qu'un instrument n'a aucune barrière de style ou de répertoire, avec les équipements de leurs territoires.
Mais pour ce projet, on se heurte au manque de budget auquel doivent faire face beaucoup des équipements avec lesquels nous voulions travailler, pas mal de subventions ont été coupées. Nous allons sûrement bosser avec les classes de harpe et de flûte traversière et restituer ces arrangements à l'Ecoutille courant printemps 2016. Pour le reste, c'est encore à suivre.

-12- Avez-vous toujours le même graphiste pour vos pochettes (Alexandre Bayle) ?

Oh yeah ! Alexandre est un musicien (batteur) qui partage plusieurs projets avec Georges et qui, de par son autre métier, est le graphiste de tous ces groupes. C'était un coup de poker parce qu'à priori, rien de ce qu'il  n'avait fait auparavant ne correspondait à notre univers, mais chaque travail qu'il avait effectué sur les autres groupes ne se ressemblait pas et collait bien à la musicalité du projet. Et bingo ! Il sait si bien dialoguer et se mettre à l'écoute de nos idées et envies qu'on a l'impression que ses images sortent directement de notre tête. Nous lui avons d'ailleurs demandé de nous dessiner un clip pour notre titre "Somewhere". On a aussi prévu de travailler avec lui pour les deux autres pochettes des EP à venir. On tient notre perle, on ne la lâche plus!

-13- Avez-vous quelque chose à rajouter au sujet de Maz Plant Out, qui pourra intéresser les lecteurs du Transistor ?

Oui, déjà merci de nous avoir lu ! Nous sommes heureux de faire la musique que nous faisons et nous espérons qu'elle vous procure autant de plaisir à l'entendre que nous en avons à la jouer. Nous allons avoir besoin de votre soutien financier pour sortir notre clip "Somewhere", titre figurant sur "Three Quests". Un KissKissBankBank va bientôt voir le jour, nous espérons que vous serez nombreux à y participer. Merci Elsa de nous avoir permis de dévoiler un peu de Maz Plant Out.


-14- Pour la question supplémentaire sur ma pratique de la harpe :

J'ai commencé la harpe il y a 6 ans, au conservatoire, un peu comme un pari, un challenge de moi à moi, pour vérifier un vieux rêve. Et là... une vraie révélation, l'amour absolu ! Bien-sûr, j'étais déjà chanteuse, je composais mes propres mélodies et je mettais mon grain de sel dans la direction artistique des compos du groupe. Mais quand je suis devenue harpiste, un autre monde musical s'est ouvert à moi. J'ai vraiment eu l'impression de devenir une autre musicienne, d'écouter différemment les instruments du groupe. Et quel plaisir de jouer avec les autres, d'être à l'intérieur de la musique. On est si seul au chant, je trouve. Je partage d'ailleurs avec délice le micro avec Widad.
La harpe me permet de mieux faire partager ma musicalité, je sais mieux la donner que seule derrière un micro. Et puis, je peux me suffire à moi-même, je suis plus complète, les harpes sont mes potes.
Lala Bee, ma harpe celtique électrique est idéale pour voyager et mettre des effets. Black Abigail, ma grande harpe, me donne une chaleur corporelle sans pareil à travers sa sonorité et ses vibrations directes contre moi. Elle m'offre, grâce à ses pédales, une infinité de choix de tonalités ou de modes. Chaque fois que je me glisse derrière l'une d'elles pour composer, je n'en ressors jamais déçue.

Propos recueillis par Elsasong, pour le Transistor et le réseau Pince Oreilles.