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lundi 17 août 2015

Contrebandière

Trilogie du mois d’août 1 sur 3

Bruits secs et sourds, crépitements. Poêle sur le feu, grésillements. Beurre frétillant, oeufs et bacon tout frissonnants. Odeur de pain grillé, fumet d'un bol de café : j’ai faim.

Sons élastiques, rebondissants. Applaudissements. Ovation de milliers de spectateurs en liesse. Sur la scène, je salue : plaisir intense, jeu, joie, jouissance.

Les coups redoublent, montent en puissance. Peau d’un tambour martyrisée. Sombre forêt, obscurité. Gifles données : une joue puis l’autre, accéléré.

Violence immense, colère lâchée. Vieilles souffrances.

Clappements, clapotis, clapotements. Idée de l’eau, senteurs de terre. Pluie rageuse, lourdes gouttes tombant en rangs serrés.

Réveil forcé, rêve éveillé, demi-sommeil.

Je me souviens. Allongée sur le dos, les yeux fermés, je me rassemble, reprends conscience. La Bretagne, les vacances, les festivals, le temps humide et la grisaille.

Il fait bon, sous la tente. Je m'y sens bien. Étanche et rassurante, chaleur diffuse dans le duvet.

Longues minutes tambourinées : il pleut si fort ! Des trombes, des seaux, des cordes !

Voilà que ça se calme, que ça va decrescendo, que ça s’arrête. De l’eau il y en a déjà eu hier, presque toute la journée.

Quelques belles éclaircies, aussi. Des moments scintillants, lumineux. Générosité, brillance des pierres.

Éclat des prairies, des forêts… La récompense, après la pluie. Instants bénis. 

Il ne va plus pleuvoir, hein, c’est fini ? J’exige dorénavant le règne du ciel bleu et l’éclat des rayons !

Optimisme, joie de vivre, curiosité, ivresse. La journée sera belle, j’en suis certaine.

Les arbres se secouent, la terre étanche sa soif. Absorption, écoulements, glissements, goutte-à-goutte.

Des chants d’oiseaux mêlés, enchevêtrés. Affinités, intimité, sérénité. Abandon.

Son souffle régulier se mêle au mien. Ancré dans le sommeil, il m’enlace. Sa main repose sur ma taille, je me sens protégée. Rien ne peut m’arriver. Il m’appartient, je suis à lui.

Chaque journée commencée en sa compagnie me remplit d’aise. Je suis fière, nous sommes ensemble. Nous avons passé une bonne partie de notre existence à nous chercher, nous passerons la suivante sans jamais nous quitter.

On va en profiter ! C’est court, la vie ! Pas facile à accepter, ce cours du temps qui court, sans jamais s’arrêter…

Le feu s'éteint. Le froid emplit mon être. Frissons glacés le long de la nuque. J’éloigne de moi, du plus loin que je peux, cette angoisse insidieuse. Cette peur de vivre, celle de mourir.

J’ouvre les yeux : il fait nuit. Dôme d’une grotte aux parois arrondies. Ventre maternel, placentaire, matriciel. Béatitude, douce euphorie.

Quelle heure est-il ? Encore de longs moments à rester assoupie, avec lui, contre lui, sa main bien chaude sur ma peau nue…

Depuis la nuit des temps je l’aime. Sentiment étrange, ancestral, primitif. Rester comme ça entre deux eaux, laisser divaguer mes pensées.

Cela faisait longtemps que j’en rêvais, de vacances comme celles-ci, en tête à tête, toujours en quête ! En couple d’amoureux, amoureux de tous les plaisirs, de toutes les fêtes !

Fous furieux de musique : expériences, découvertes, oreilles expertes… Épicuriens, mélomanes, philosophes. Tout se passe bien, entre nous. Pour le moment, du moins.

Il bouge dans son sommeil, il gémit, se retourne. Sa main me quitte, il se replie, se met en boule. Posture foetale. Je change de position, me lovant contre lui. Poitrine collée à son dos, je l’entoure de mes bras.

Échange de chaleurs. Je laisse aller ma tête contre la sienne. Je le respire tout entier, je l’appréhende dans ses moindres détails.

J’écoute son corps vibrer, respirer. L’odeur de ses cheveux, le goût de sa bouche, son sourire charmeur, sa voix angélique, son érudition, son intelligence… Tout, en lui, m’enchante.

Privilège de l’âge, moitié de la vie. Quarantaine débutante, rugissante, triomphante. Piaffant d’impatience. Nous sommes des produits finis, affirmés, aboutis. En parfait état de marche.

Quelques années de répit avant la grande dégringolade, la débandade, sans retour en arrière. Freiner des quatre fers, savourer chaque instant. 

Je goûte à la joie de ne plus être seule. Ça change tout, l’amour de l’autre. J'apprécie sa sensualité, sa maturité, le regard qu’il me porte… J'aime sa force, sa résistance. Fougueux, virtuose, sensible. Il connaît bien les femmes.

La pluie a eu du bon : tous les deux sous la tente, des heures mouillées à faire l’amour sur la longueur et la distance.

J’ai envie de son essence, de sa semence. Virilité, fertilité, enchantement, enfantement. Je n’ai pas eu d’enfant. Ma vie s’est déroulée sans que cela se fasse, il n'y avait pas la place. Chaos, blessures, malchance…

Là, maintenant : je prends, je glane, je passe en fraude, je louvoie, je maraude.

Je garde le meilleur, en prévision des mauvais jours. Un vieux réflexe, toujours le doute, je ne me sens pas à l’abri d’un prochain coup dur.

C’est l’été, les vacances, pas de contraintes, itinérance… Je me nourris. Je fais des provisions, pour les jours "sans". Je vis dans l’instant, tout entière au présent.

Je suis contente : bonheur trouvé, gagné, bien mérité. Ça va durer, cette fois, pas vrai ?

Langueur, lascivité, paresse. Lueurs de l’aube, un nouveau jour.

Il s’étire, se détend. Il se tourne vers moi, ouvre les yeux, les referme. Il les rouvre, me sourit, approche ses lèvres des miennes, m’embrasse très tendrement.

Illumination, foudroiement, éclairs. Amour essentiel, bonheur éternel. Seuls au monde.

Je me laisse emporter par le flot de désir qui me submerge et m’entraîne loin du large, vers des terres inconnues, en friches.

Temps houleux, vent violent, je perds pied, je suffoque. Je me noie sous les vagues de ses baisers, de ses caresses.

Naufrage. Je me laisse assaillir, envahir, engloutir, posséder.

Plus rien d’autre ne compte.

À lire aussi sur ce blog :

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samedi 15 août 2015

Le couple

Trilogie du mois d’août 2 sur 3

C’est le soleil d’une fin de journée d’été, le couple est habillé très légèrement, il doit encore faire chaud.

Lui torse nu, un short rouge pour seul vêtement, elle en tee-shirt noir sans manches et jupe courte légère, aux motifs quadrillés mauves et noirs. Ses jambes sont largement découvertes. Elle porte des nus pieds plats, lui a les pieds nus.

Ils sont assis dans l’herbe, très proches l’un de l’autre. En arrière-plan des arbres alignés, une rivière paisible, un banc, un cabanon. Son bronzage à lui, couleur pain d’épices, met en valeur son beau corps lisse. Sa peau à elle paraît très blanche, à ses côtés. Elle a les cheveux blond clair, courts, elle porte des lunettes de soleil.

Sa main droite est perchée délicatement sur l’épaule masculine, sa blancheur tranche avec la belle couleur cuivrée. Il a les cheveux châtains coupés très courts, une petite calvitie dégage son front, déjà large. Il a des pattes joliment dessinées, jusque sur ses joues. Il porte deux colliers autour du cou. L’un est en perles, l’autre est un lacet en cuir sur lequel pend un bijou indien en argent. Son visage esquisse un joli sourire.

Elle fait une moue joyeuse, elle a l’air si content d’être avec lui ! On la sent victorieuse, certainement très amoureuse. Elle pose fièrement avec cet homme paisible, au corps vigoureux, aux courbes pleines de douceur. On voit l’ombre noire allongée du photographe, sur la pelouse.

On ne saura rien d’autre. Il n’y a pas d’annotations, pas de date, au dos de la photo. Aucun élément, dans le paysage, pour donner des indications sur un lieu précis. Ils semblent avoir entre trente et trente-cinq ans, ils sont en pleine santé, minces, finement musclés. Ils sont beaux, ils forment un couple bien assorti. Se connaissent-ils depuis longtemps ?

C’est la fin d’une belle journée d’été. Ils portent la mine détendue des gens en vacances, ou en week-end. Mais elle, n’a pas pris beaucoup le soleil, encore. Elle est juste un peu hâlée. Lui, son bronzage témoigne de longs moments passés au grand air.

Il y a quelque chose entre eux, mais depuis quand ? Peut-être seulement depuis la veille, à moins que ça ne soit depuis de longues années ? Se sont-ils connus au lycée ? À la fac ? Au travail ? En soirée ? En concert ? Sur Internet ? Sont-ils mariés ? Sont-ils amants illégitimes ? Ont-ils des enfants ? Ils viennent de passer une bonne journée ensemble, c’est évident.

Ses jambes à elle, croisées l’une par-dessus l’autre, sont rapprochées des siennes à lui, croisées aussi. Elle est avec "son" homme, il n’y a aucun doute là-dessus. Elle est heureuse, lui le semble aussi. Entre eux, un accord visible, charnel… Quelqu’un a pris la photo, ils ont demandé à être photographiés ensemble, ils ont posé. Étaient-ils là juste tous les deux ? Avec un groupe d’amis ? En famille ?

Ils s’étaient levés tard, ce dimanche, aux alentours de midi. Il faisait très chaud, sous la tente, malgré l’emplacement bien ombragé qu’ils avaient choisi. Les deux soirées précédentes, ils étaient allés à un festival musical, organisé dans cette belle petite ville médiévale. Ils s’y étaient rencontrés, il y a deux ans. Entre deux concerts, elle était venue au bar à thé savourer un "chai". Elle s’était assise sur un coussin en cuir, il s’était penché vers elle, il avait commencé à lui parler… Ils ne s’étaient plus quittés.

C’est elle qui l’avait rejoint, très vite, dans l’Ouest. De toute façon, lui n’aurait pas pu venir habiter en région parisienne, il aurait été malheureux, loin de la mer. Il était Breton, il avait besoin des éléments marins, il faisait du surf toute l’année. L’eau avait une grande importance dans sa vie, il était maître-nageur !

Ils avaient déjeuné à l’ombre, échangeant leurs impressions sur les concerts, les spectacles de rue, les gens qu’ils avaient rencontrés, les décors, les ambiances… Leurs corps rendus poisseux par la sueur et la poussière de leur longue nuit festivalière, ils avaient pris une douche ensemble.

Ils avaient échangé des regards pétillants, pleins de désir, dès qu’ils s’étaient retrouvés nus. Ils s’étaient savonnés l’un l’autre, leurs mains se faisant caressantes, courant sur leurs corps mousseux. Ils avaient laissé la douche couler et avaient fait l’amour, debout, ondulants, l’eau ruisselant sur eux en continu, comme une cascade. Ils avaient essayé de rester discrets.

Ils s’étaient allongés sur leurs serviettes de bain, mi-ombre mi-soleil, ils se donnaient la main. Puis elle lui avait fait un massage, il adorait ça, il adorait lui parler, yeux clos, quand elle le massait. Elle aimait sa peau, ses muscles tout en rondeurs, en fermeté. Elle le lisait les yeux fermés.

Elle s’était équilibrée au contact de cet homme, elle se sentait "sa" femme, elle s’était épanouie dans une relation de plus longue durée que les précédentes. Elle espérait qu’ils n’en étaient qu’à leurs débuts, même si…

Chaque jour avec lui était un nouvel enchantement. Elle se sentait forte, invulnérable. L’amour lui avait donné un aplomb qu’elle n’avait pas, avant. Elle souriait, tout le temps. Lui s’était aguerri auprès d’elle, son amour lui donnait de l’assurance, il avait plein de projets, malgré tout !

Ils revenaient sur le lieu même de leur rencontre. La programmation y était, encore cette année, résolument éclectique. Le site du festival était très agréable, foisonnant d’espaces savamment décorés, pleins de fantaisies, attisant la curiosité… Ils écoutaient beaucoup de musique ; ils aimaient, l’un comme l’autre, faire de nouvelles découvertes sonores. Des noms de groupes allaient s’ajouter sur leur liste d'albums à acheter, à télécharger ou à graver ! Ils resteraient camper jusqu’à lundi matin.

Pour le moment, il faisait beau, et après leur début d’après-midi lascive, ils se sentaient en forme, ils allaient bouger. Il lui proposa d’aller au bord de l’eau, il avait besoin d’eau, toujours plus d’eau ! "C’est un endroit où l’on peut faire du canoë" lui avait-il précisé. "Ça te dit ?" Il connaissait bien la région, il y avait habité quelques années, tout seul, avant de la rencontrer puis d’emménager avec elle dans cette maison en bord de mer.

Elle voulut conduire. Il lui passa les clés. Elle mit ses lunettes de soleil, démarra, il enclencha le lecteur de CD. C’était un disque de -M-, celui qu’ils se passaient en boucle depuis le début de l’été. Elle lui sourit largement, elle lui dit qu’elle l’aimait. En réponse, il plaça sa main sur sa cuisse nue, remontant sa petite jupe.

Ils roulaient vitres ouvertes, leurs bras pendaient nonchalamment à la fenêtre, elle conduisait d'une main. La musique de -M- se distillait dans l’habitacle, ils étaient bien. Ils écoutèrent "leur" chanson : "Qui de nous deux", celle qui donnait son titre à l’album. Les paroles correspondaient bien à ce qu’ils vivaient, à ce qu’ils ressentaient, en tant que couple. 

Ils se sentaient complémentaires, chacun apportant à l’autre sa joie de vivre, son énergie. -M- devait lui aussi être très amoureux, pour écrire des choses aussi vraies sur les sentiments. La suivante : "Ma mélodie", était un slow désarmant de beauté, teintée d’une pointe de mélancolie pour épancher les cœurs…

Ils arrivaient !  Tout en bavardant sur ces petites choses qui les faisaient tant rire, ils se dirigèrent d’un pas léger vers le loueur de bateaux. L’après-midi était déjà bien avancé : presque cinq heures ! Ils louèrent chacun un kayak, pour deux heures, ce qui leur permettrait de faire une longue balade sur l’eau.

Elle avait pris avec elle son appareil photo, au risque de le mouiller si jamais elle se renversait ! Elle voulait immortaliser quelques moments de cette belle journée, une de plus, avec son compagnon. Elle fit des clichés de sa descente d’un petit rapide. Il portait sa rame, bras levés, au-dessus de sa tête, l’air vainqueur, les éclats du soleil se reflétaient dans l’eau, il était rayonnant, avec son corps tout bronzé.

Au retour, elle se mit à chanter, elle aimait le son qu’avait sa voix sur l’eau, elle paraissait plus claire, comme amplifiée. Il chanta avec elle, eut d’autres idées de chansons, ils chantèrent en chœur jusqu’à l’arrivée. Ils rendirent les kayaks, allèrent s’asseoir sur la pelouse, au soleil, pour se sécher. Ils s’étaient aspergés !

C’est là qu’elle eut envie de la photo. Quelqu’un passait, justement, un vacancier en short blanc, tongues et bob Ricard. "Peu importe" pensa-t-elle. "Je ne recherche pas le grand art. Juste une photo pour saisir le bonheur de cette fin de journée. Ça se voit, le bonheur, ça sera flagrant, sur la photo ! Une belle journée de plus, la vie à savourer, à croquer, sans penser à de mauvaises choses…"

Il y avait, pourtant, sa maladie à lui, qui le faisait souffrir, qui le fatiguait énormément. Les anti-douleurs faisaient de moins en moins effet. Personne, dans le corps médical, ne pouvait leur dire comment cette maladie rare allait évoluer. Tant qu’on pouvait stabiliser ses troubles… Il était encore si jeune ! Elle chassa de son esprit tous ces soucis, il serait temps d’y penser, dès lundi soir. Il retournait à l’hôpital, pour un bilan complet qui durerait plusieurs jours.

Elle remercia vivement le photographe amateur puis engagea son beau Neptune à se lever en avançant sa main vers lui… Ils allaient maintenant se choisir un bon petit restaurant, en ville, où ils feraient ripaille : ils avaient faim !

Il fallait bien une ombre noire sur la photo. Ils profitaient des instants présents, au jour le jour, sans se poser de questions. Le bonheur n’est jamais parfait, c’est la vie qui veut ça.

C’est le soleil d’une fin de journée d’été, le couple est habillé très légèrement, il doit encore faire chaud.

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dimanche 9 août 2015

Amours heureuses

Trilogie du mois d’août 3 sur 3

Amours heureuses : Exercice 1
Ils se couchaient tard, ils se levaient tard, ils étaient en vacances. Elle s'endormait la première, serrée contre son corps, une main posée sur sa poitrine, aimante, confiante, paisible. Lui, il lisait. Il lisait longtemps, des heures après qu'elle se fut endormie. La lumière ne la gênait pas. Elle entrait vite dans le sommeil, avec une sensation de bien-être, totalement satisfaite de la journée passée—une de plus—en sa compagnie.

Elle se réveillait la première ; elle, c'était le matin qu'elle lisait, pendant que lui dormait profondément. Elle lisait une heure, ou plus, parfois elle se rendormait en le serrant fort dans ses bras. Elle finissait par se lever, tiraillée par la faim, alléchée par la perspective d'un copieux petit-déjeuner.

Elle mettait de l'eau dans une casserole, allumait le gaz avec une allumette, préparait leurs bols : café sucré pour lui, café ou thé au lait pour elle. Elle installait une profusion de victuailles sur la grande nappe : pains au chocolat, madeleines, biscuits, crêpes, confitures, miel… Elle savait qu'il ne mangerait presque pas ; lui, le matin, avec son café, il préférait fumer sa première cigarette. Elle a toujours eu faim, elle, au réveil. Pas question de commencer la journée en restant à jeun !

Elle l'appelait un peu avant que tout soit prêt, pour lui laisser le temps d'émerger du sommeil. S'il ne lui répondait pas, elle venait jusqu'à lui, lui parlait doucement ; elle lui disait qu'il était l'heure de se lever, qu'aujourd'hui encore une belle journée ensoleillée se préparait, qu'ils allaient pouvoir en profiter !

Elle l'attirait vers elle en le prenant délicatement par les épaules, lui caressait le visage, passait une main dans ses cheveux, jusqu'à ce qu'il ouvre enfin les yeux, jusqu'à ce qu'il lui sourie, jusqu'à ce qu'il l'embrasse, jusqu'à ce qu'il réponde à son : "Bonjour !" Oui, son café était prêt, il était tout chaud, elle n'attendait plus que lui pour déjeuner. Il lui répondait, tout ensommeillé, qu'il allait se lever, qu'il allait la rejoindre.

Généralement, elle ne l'attendait pas pour commencer son festin ; elle avait bien trop faim, maintenant ! Elle savait qu'il arriverait, de bonne humeur, à un moment ou à un autre ; il lui sourirait, s'assiérait près d'elle et boirait son café sucré, tout en lui parlant, en la questionnant, à son écoute. Il allumerait une cigarette.

Cela faisait plusieurs années déjà qu'elle avait arrêté de fumer ; elle appréciait cette sensation de liberté vis-à-vis du tabac, dont elle avait été extrêmement dépendante. Mais elle ne lui jetait pas la pierre, ne se permettant aucune remarque moralisatrice par rapport à cette "addiction". Personne n'est parfait. Il n'était pas parfait ! Il existait, elle l'avait rencontré, c'était déjà beaucoup.

Assis à l'ombre, sous les arbres, la matinée déjà bien avancée, ils bâtissaient le programme du reste de la journée, émettant tour à tour leurs suggestions, leurs préférences. Balade ? Baignade ? Visite ? Musée ? Resto ? Quoi qu'ils fassent, de toute façon, ce serait bien. Ils pouvaient décider de replier la petite tente qui leur servait de toit, tout ranger dans la voiture, sillonner les routes et investir, plus loin, un nouveau lieu de campement ; ou alors rester un ou deux jours de plus si l'endroit leur plaisait. Ils n'avaient pas de contraintes, ils vivaient au jour le jour.

C'était leur premier été ensemble, leurs premières vacances. Avec elle, il découvrait le camping, la flânerie, la bohème, l'itinérance, et il s'en réjouissait. Elle s'extasiait sur les plaisirs de la vie à deux, qui lui paraissait si agréable et si simple avec lui. Elle constatait avec surprise que cela lui convenait bien, finalement ! Elle s'étonnait de ne pas être déjà lassée… Elle partageait tout son temps avec lui et elle y trouvait plein d'avantages. Ces dernières années, elle était partie seule en vacances. C'était différent, maintenant. Elle n'était pas contre un peu de changement !

Ils étaient amoureux, ils étaient très heureux, tout allait bien. Enfin presque. Tout n'allait pas, en fait. Ce n'était pas toujours si simple. Le même problème revenait régulièrement sur le tapis et ils ne savaient pas comment faire pour le résoudre. Ils trouvaient ça dommage, ils pensaient que c'était injuste, ils ne méritaient pas que ça leur tombe dessus.

C'était là, insidieux : un mauvais coup du sort, sans solution-miracle. Cela venait ternir, jour après jour, les belles idées qu'ils avaient du bonheur. Ça s'insinuait en eux, ça leur sapait le moral, ça leur faisait du mal, parfois. Ça n'allait pas encore jusqu'à les déchirer, jusqu'à les faire pleurer, ni à les détruire. Mais ça viendrait. Plus tard.

Par moments, elle en voulait à la terre entière, puis ça passait, elle oubliait. Tout finirait par s'arranger, elle en était persuadée ! Ils devaient se montrer patients. C'était une question de temps, et de confiance. Ils étaient bien ensemble, ils s'aimaient pour tout ce qui allait bien, et aussi pour le reste. Pour l'instant, ils faisaient avec.

Amours heureuses : Exercice 2
Vous vous couchiez tard, vous vous leviez tard, vous étiez en vacances. Tu t'endormais la première, serrée contre son corps, une main posée sur ta poitrine, aimante, confiante, paisible. Lui, il lisait. Il lisait longtemps, des heures après que tu te fus endormie. La lumière ne te gênait pas. Tu entrais vite dans le sommeil, avec une sensation de bien-être, totalement satisfaite de la journée passée—une de plus—en sa compagnie.

Tu te réveillais la première ; toi, c'était le matin que tu lisais, pendant qu'il dormait profondément. Tu lisais une heure, ou plus, parfois tu te rendormais en le serrant fort dans tes bras. Tu finissais par te lever, tiraillée par la faim, alléchée par la perspective d'un copieux petit-déjeuner.

Tu mettais de l'eau dans une casserole, tu allumais le gaz avec une allumette, tu préparais vos bols : café sucré pour lui, café ou thé au lait pour toi. Tu installais une profusion de victuailles sur la grande nappe : pains au chocolat, madeleines, biscuits, crêpes, confitures, miel… Tu savais qu'il ne mangerait presque pas ; lui, le matin, avec son café, il préférait fumer sa première cigarette. Tu as toujours eu faim, toi, au réveil. Pas question de commencer la journée en restant à jeun !

Tu l'appelais un peu avant que tout soit prêt, pour lui laisser le temps d'émerger du sommeil. S'il ne te répondait pas, tu venais jusqu'à lui, lui parlais doucement ; tu lui disais qu'il était l'heure de se lever, qu'aujourd'hui encore une belle journée ensoleillée se préparait, que vous alliez pouvoir en profiter !

Tu l'attirais vers toi en le prenant délicatement par les épaules, tu lui caressais le visage, passais une main dans ses cheveux, jusqu'à ce qu'il ouvre enfin les yeux, jusqu'à ce qu'il te sourie, jusqu'à ce qu'il t'embrasse, jusqu'à ce qu'il réponde à ton : "Bonjour !" Oui, son café était prêt, il était tout chaud, tu n'attendais plus que lui pour le petit-déjeuner. Il te répondait, tout ensommeillé, qu'il allait se lever, qu'il allait te rejoindre.

Généralement, tu ne l'attendais pas pour commencer ton festin ; tu avais bien trop faim, maintenant ! Tu savais qu'il arriverait, de bonne humeur, à un moment ou à un autre ; il te sourirait, il s'assoirait près de toi et il boirait son café sucré, tout en te parlant, en te questionnant, à ton écoute. Il allumerait une cigarette.

Cela faisait plusieurs années déjà que tu avais arrêté de fumer ; tu appréciais cette sensation de liberté vis-à-vis du tabac, dont tu avais été extrêmement dépendante. Mais tu ne lui jetais pas la pierre, ne te permettant aucune remarque moralisatrice par rapport à cette "addiction". Personne n'est parfait. Il n'était pas parfait ! Il existait, tu l'avais rencontré, c'était déjà beaucoup.

Assis à l'ombre, sous les arbres, la matinée déjà bien avancée, vous bâtissiez le programme du reste de la journée, émettant tour à tour vos suggestions, vos préférences. Balade ? Baignade ? Visite ? Musée ? Resto ? Quoi que vous fassiez, de toute façon, ce serait bien. Vous pouviez décider de replier la petite tente qui vous servait de toit, tout ranger dans la voiture, sillonner les routes et investir, plus loin, un nouveau lieu de campement ; ou alors rester un ou deux jours de plus si l'endroit vous plaisait. Vous n'aviez pas de contraintes, vous viviez au jour le jour.

C'était votre premier été ensemble, vos premières vacances. Avec toi, il découvrait le camping, la flânerie, la bohème, l'itinérance, et il s'en réjouissait. Tu t'extasiais sur les plaisirs de la vie à deux, qui te paraissait si agréable et si simple avec lui. Tu constatais avec surprise qu'elle te convenait bien, finalement ! Tu t'étonnais de ne pas être déjà lassée… Tu partageais tout ton temps avec lui et tu y trouvais plein d'avantages. Ces dernières années, tu étais partie seule en vacances. C'était différent, maintenant. Tu n'étais pas contre un peu de changement !

Vous étiez amoureux, vous étiez très heureux, tout allait bien. Enfin presque. Tout n'allait pas, en fait. Ce n'était pas toujours si simple. Le même problème revenait régulièrement sur le tapis et vous ne saviez pas comment faire pour le résoudre. Vous trouviez ça dommage, vous pensiez que c'était injuste, vous ne méritiez pas que ça vous tombe dessus.

C'était là, insidieux : un mauvais coup du sort, sans solution-miracle. Cela venait ternir, jour après jour, les belles idées que vous aviez du bonheur. Ça s'insinuait en vous, ça vous sapait le moral, ça vous faisait du mal, parfois. Ça n'allait pas encore jusqu'à vous déchirer, jusqu'à vous faire pleurer, ni à vous détruire. Mais ça viendrait. Plus tard.

Par moments, tu en voulais à la terre entière, puis ça passait, tu oubliais. Tout finirait par s'arranger, tu en étais persuadée ! Vous deviez vous montrer patients. C'était une question de temps, et de confiance. Vous étiez bien ensemble, vous vous aimiez pour tout ce qui allait bien, et aussi pour le reste. Pour l'instant, vous faisiez avec.

Amours heureuses : Exercice 3
Nous nous couchions tard, nous nous levions tard, nous étions en vacances. Je m'endormais la première, serrée contre ton corps, une main posée sur ta poitrine, aimante, confiante, paisible. Toi, tu lisais. Tu lisais longtemps, des heures après que je me fus endormie. La lumière ne me gênait pas. J'entrais vite dans le sommeil, avec une sensation de bien-être, totalement satisfaite de la journée passée—une de plus—en ta compagnie.

Je me réveillais la première ; moi, c'était le matin que je lisais, pendant que tu dormais profondément. Je lisais une heure, ou plus, parfois je me rendormais en te serrant fort dans mes bras. Je finissais par me lever, tiraillée par la faim, alléchée par la perspective d'un copieux petit-déjeuner.

Je mettais de l'eau dans une casserole, j'allumais le gaz avec une allumette, je préparais nos bols : café sucré pour toi, café ou thé au lait pour moi. J'installais une profusion de victuailles sur la grande nappe : pains au chocolat, madeleines, biscuits, crêpes, confitures, miel… Je savais que tu ne mangerais presque pas ; toi, le matin, avec ton café, tu préférais fumer ta première cigarette. J'ai toujours eu faim, moi, au réveil. Pas question de commencer la journée en restant à jeun !

Je t'appelais un peu avant que tout soit prêt, pour te laisser le temps d'émerger du sommeil. Si tu ne me répondais pas, je venais jusqu'à toi, te parlais doucement ; je te disais qu'il était l'heure de te lever, qu'aujourd'hui encore une belle journée ensoleillée se préparait, que nous allions pouvoir en profiter !

Je t'attirais vers moi en te prenant délicatement par les épaules, je te caressais le visage, passais une main dans tes cheveux, jusqu'à ce que tu ouvres enfin les yeux, jusqu'à ce que tu me souries, jusqu'à ce que tu m'embrasses, jusqu'à ce que tu répondes à mon : "Bonjour !" Oui, ton café était prêt, il était tout chaud, je n'attendais plus que toi pour le petit-déjeuner. Tu me répondais, tout ensommeillé, que tu allais te lever, que tu allais me rejoindre.

Généralement, je ne t'attendais pas pour commencer mon festin ; j'avais bien trop faim, maintenant ! Je savais que tu arriverais, de bonne humeur, à un moment ou à un autre ; tu me sourirais, tu t'assoirais près de moi et tu boirais ton café sucré, tout en me parlant, en me questionnant, à mon écoute. Tu allumerais une cigarette.

Cela faisait plusieurs années déjà que j'avais arrêté de fumer ; j'appréciais cette sensation de liberté vis-à-vis du tabac, dont j'avais été extrêmement dépendante. Mais je ne te jetais pas la pierre, ne me permettant aucune remarque moralisatrice par rapport à cette "addiction". Personne n'est parfait. Tu n'étais pas parfait ! Tu existais, je t'avais rencontré, c'était déjà beaucoup.

Assis à l'ombre, sous les arbres, la matinée déjà bien avancée, nous bâtissions le programme du reste de la journée, émettant tour à tour nos suggestions, nos préférences. Balade ? Baignade ? Visite ? Musée ? Resto ? Quoi que nous fassions, de toute façon, ce serait bien. Nous pouvions décider de replier la petite tente qui nous servait de toit, tout ranger dans la voiture, sillonner les routes et investir, plus loin, un nouveau lieu de campement ; ou alors rester un ou deux jours de plus si l'endroit nous plaisait. Nous n'avions pas de contraintes, nous vivions au jour le jour.

C'était notre premier été ensemble, nos premières vacances. Avec moi, tu découvrais le camping, la flânerie, la bohème, l'itinérance, et tu t'en réjouissais. Je m'extasiais sur les plaisirs de la vie à deux, qui me paraissait si agréable et si simple avec toi. Je constatais avec surprise qu'elle me convenait bien, finalement ! Je m'étonnais de ne pas être déjà lassée… Je partageais tout mon temps avec toi et j'y trouvais plein d'avantages. Ces dernières années, j'étais partie seule en vacances. C'était différent, maintenant. Je n'étais pas contre un peu de changement !

Nous étions amoureux, nous étions très heureux, tout allait bien. Enfin presque. Tout n'allait pas, en fait. Ce n'était pas toujours si simple. Le même problème revenait régulièrement sur le tapis et nous ne savions pas comment faire pour le résoudre. Nous trouvions ça dommage, nous pensions que c'était injuste, nous ne méritions pas que ça nous tombe dessus.

C'était là, insidieux : un mauvais coup du sort, sans solution-miracle. Cela venait ternir, jour après jour, les belles idées que nous avions du bonheur. Ça s'insinuait en nous, ça nous sapait le moral, ça nous faisait du mal, parfois. Ça n'allait pas encore jusqu'à nous déchirer, jusqu'à nous faire pleurer, ni à nous détruire. Mais ça viendrait. Plus tard.

Par moments, j'en voulais à la terre entière, puis ça passait, j'oubliais. Tout finirait par s'arranger, j'en étais persuadée ! Nous devions nous montrer patients. C'était une question de temps, et de confiance. Nous étions bien ensemble, nous nous aimions pour tout ce qui allait bien, et aussi pour le reste. Pour l'instant, nous faisions avec.

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