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dimanche 4 janvier 2015

Après Noël


Trilogie hivernale : 1/3

Mille mercis pour tes cadeaux de Noël, et pour ton petit mot. Tu ne m'as pas épargnée, cette année, tu as fait preuve d'une grande inventivité… Je t'en suis très reconnaissante.

Déjà pour mon anniversaire, tu tenais particulièrement à m'offrir ce "cardio fréquence mètre", un appareil permettant de savoir, quand on court, à combien de pulsations le cœur bat. Je t'ai dit que je n'en avais pas vraiment besoin, que je courais comme ça, pour le plaisir, sans forcer. Tu as insisté, tu m'as quand même fait ce cadeau… Total je ne m'en sers pas, ça ne m'intéresse pas, je ne sais pas quoi en faire.

Ce qui m'a vraiment fait plaisir, c'est ta composition florale, dans un joli pot, avec la jacinthe bleue prête à fleurir, la bougie dorée, la guirlande argentée. C'est simple, c'est agréable à regarder, ça parfume agréablement l'intérieur tout au long de la floraison… Une riche idée, en cette saison !

Le sous-pull et le gilet en rose et mauve pastel, passe encore, c'est joli, je les porterai. Ce n'est pas vraiment ce que je préfère, tu me choisis toujours des tons un peu trop layette, moi j'aime les couleurs foncées, ou plus vives. Pour une fois tu ne m'as pas trompée sur la marchandise, ce sont des vêtements de marque (le gilet est un Rodier) et de qualité.

Les papillotes surprises au praliné, c’est limite, je ne me suis pas encore précipitée sur le sachet pour l'ouvrir. J'ai quelques autres douceurs, des chocolats plus fins, moins "bon marché", à déguster d'abord.

Effectivement, tu m'avais prévenue, tu ne m'offrais que de "petites choses". Les cadeaux cités précédemment suffisaient amplement. Les autres ne m'ont vraiment pas fait plaisir, mais alors pas du tout. Ce n’était pas la peine de te donner autant de mal !

Le survêtement vert clair et bleu marine, en coton, complètement ringard, qui t'a appartenu (ça se voit bien qu'il n'est pas neuf) et que tu as cru bon me refiler, ça m'a franchement vexée. Surtout que la dernière fois où nous nous étions vues, tu m'avais dit que tu allais faire du tri dans tes affaires, donner ce que tu ne portais plus au Secours Catholique. "Que ça serve à des gens dans le besoin", avais-tu ajouté. Ton survêtement était trop bien pour les pauvres ? Les pauvres ne font pas de sport ? Alors tu as pensé à moi ? Le message est passé, merci bien.

La paire de bas que l'on doit accrocher avec des porte-jarretelles, c'est vraiment maladroit. Tu dois te douter que je n'en mets pas, mais quand bien même, ce n'est pas à toi de me les offrir. L'emballage était un peu déchiré, comme s'il avait déjà été ouvert puis refermé, le plus discrètement possible. Je te soupçonne fort d'avoir acheté ces bas pour toi, par erreur. Tu voulais des autofixants (c'est quand même bien pratique à porter, plutôt sexy…) et tu t'es trompée, tu n'as pas cru bon aller les échanger… Alors c'était me les donner, ou les jeter ?

Même pour les chats, c'est méprisant. Tu me refourgues deux boîtes de croquettes qui ont visiblement été ouvertes (puis scotchées avec soin), certainement parce que le vôtre n'en voulait pas. Et pour cause ! Ce sont des croquettes premier prix, pleines d'éléments nocifs pour le bon fonctionnement des reins. Pas folle, la bête ! Mes chats méritent bien mieux que ça : je leur achète des croquettes un peu plus haut de gamme, ils n'ont jamais refusé de les manger.

Je les aime, mes animaux, je veux les voir en bonne santé, je prends soin d'eux… Les deux boîtes de croquettes ont atterri à la poubelle, je me suis fait un plaisir de les y balancer tout à l'heure, avec la paire de bas. Je n'ai même pas voulu leur faire goûter, c'eût été criminel… La boîte de pâtée, oui, j'ai essayé, ils l'ont aimée. Pas autant que les Gourmet Gold qu'ils ont eus pour Noël, bien sûr.

Pour finir il y avait cette petite enveloppe, sur laquelle se trouvaient mon prénom et le sien. En ouvrant, j'ai pensé qu'il y aurait peut-être un chèque, ou bien un billet. Mais non, même pas. Sur la carte, tes litanies habituelles : Joyeux Noël, bonne fin d'année pour lui et moi, pleine de bonheur, tu nous embrasses…

L'an dernier, tu t'étais "contentée" de nous offrir à chacun 25 € en bon d'achat chez Cultura (et de mauvais chocolats), c'était très bien comme ça. Tu nous avais fait plaisir, à tous les deux, nous qui aimons les livres, les CD, les DVD…

Tu ne lui as donc rien offert en particulier, cette année ? Il a baissé dans ton estime ? Il n'est pas assez bien pour toi ? Surtout maintenant que tu sais (je te l'ai dit, pour que ce soit bien clair) qu'il n'a nullement l'intention de s'installer avec moi dans un avenir proche, ni en achat ni en location. Ça te désole ? Moi, ça me convient très bien comme ça.

J'ai besoin de mon indépendance, vivre seule n'est en aucun cas un calvaire. Partager les week-ends, les vacances, c'est une chose, c'est plaisant, pas contraignant. Mais la vie au quotidien, non, ça ne me branche pas. Lui non plus. Décidément, je ne me conformerai jamais à ton idéal de vie ! Ce n'est pas le mien, ça ne le sera certainement jamais, la vie en couple, une maison, un jardin, deux voitures… Nous aimons voyager… Cela devrait te plaire, ça au moins, non ?

Maintenant, il faut que je te parle de la caisse, de la caisse en carton dans laquelle se trouvaient toutes ces "petites choses" pour moi. Tu ne pensais pas à mal, quand tu les as mises dedans, tu n'as pas réfléchi à ce que ça pouvait signifier, tout ça ? Que tu n'en aies pas conscience me consterne d'autant plus. C'est me placer vraiment très bas dans ton estime. Et je ne vaux pas cher, apparemment.

Le must en matière de cadeau c'est quand même cette caisse en carton, ouverte le 24 décembre au soir. Nous faisions un réveillon chez moi, en amoureux, il a bien profité du spectacle, tu peux me croire. Découvrant un à un tes cadeaux, je ne ménageais pas mes commentaires ! Lui aussi était consterné, il comprenait que je me sente blessée.

La caisse étant enfin vide, je l'ai posée par terre, dans un coin où ça ne gênait pas trop (oui je sais, c'est petit chez moi), près de ma table de bureau. L'idée était d'enlever le scotch, de la plier pour la déposer ensuite dans la benne à ordures.

Elle est restée là, nous avons bu à ta santé… Plus tard dans la soirée, j'ai eu l'idée d'y placer la grosse couverture rouge qui traînait sur le canapé. Ça m'est venu comme ça, je connais bien les chats, je sais ce qui peut leur faire plaisir… Une caisse en carton, une couverture moelleuse, épaisse… Lequel des trois serait tenté par l'expérience ?

C'est la tigrée qui y a élu domicile, très peu de temps après. C'est étonnant, cette rapidité avec laquelle elle s'est approprié l'endroit. Elle est venue voir, elle est montée dedans, s'y plaisant tout de suite elle a commencé à se laver…

Pour le moment, les deux chats noirs n'ont pas essayé de lui voler la place. J'espère qu'ils vont se montrer raisonnables. Elle passe désormais toutes ses journées dans sa caisse, à l'affût de ce qui se passe autour d'elle (bien droite, ses yeux au-dessus du carton), ou profondément endormie, en rond, ronflant, ronronnant…

Ça nous a fait chaud au cœur de voir cette vieille chatte dedans, si vite. D'un coup elle semblait plus apaisée. Un vrai miracle ! À un moment, elle a tout de même quitté son nid douillet pour aller manger.

Nous avons profité de l'occasion pour faire des inscriptions aux markers (un noir, un rouge). Il a écrit dessus, avec de belles lettres rondes, dans un style scolaire, appliqué : "Ma Maison" avec l'empreinte d'une patte, de coussins félins… Il a aussi dessiné deux chats, façon BD. L'un pense "Envieux", la goutte au nez (c'est le gros noir), l'autre pense "Fière" : c'est la tigrée, bien sûr ! J'ai rajouté une petite maison, aux traits naïfs, enfantins. La fumée sort de la cheminée et il y a des rideaux aux fenêtres.

Ce qu'on a trouvé drôle, une fois notre chef d'œuvre achevé, de la voir s'y réinstaller ! Ça nous faisait du bien de rire, après le grand déballage ! Nous avons poursuivi sereinement notre réveillon. J'ai pris une photo, c'est vraiment tordant ! Elle a juste les oreilles qui dépassent !

Alors merci, mille fois merci, pour ce cadeau inattendu, qui a fait une heureuse. La tigrée n'a jamais été de si bonne humeur depuis qu'elle a sa maison à elle, un endroit chaud, confortable, rassurant. C'est écrit dessus, c'est sa maison !

Le contenant apparaissant ici plus important que le contenu, je te demande de faire davantage attention aux cadeaux que tu comptes me faire, la prochaine fois. Ou alors, ne m'en fais pas. Ne m'en fais plus jamais.

Bien à toi, bonne année,

Elizabeth

Bienvenue à Londres


Trilogie hivernale : 2/3

28 décembre
Ça y est j'y suis, dans l'Eurostar, avec une heure de retard (tu sais pourquoi), mais j'y suis tout de même. Il est neuf heures et quart, j'arriverai à Londres dans deux heures et demie à peine. C'est bizarre de partir ainsi, ce n'est pas ça qui était au programme. Quand je foulerai les quais de la gare Saint-Pancras, la grosse pendule ronde affichera dix heures quarante. J'aurai gagné une heure sur ma première journée de tourisme londonien.

29 décembre
Je ne savais pas vraiment où se trouvait, dans Londres, la gare Saint-Pancras, ni à quelle distance elle était de l'hôtel où je devais me rendre… La fois précédente, j'étais descendue à Waterloo Station. Mais c'était il y a dix ans ! Les choses se sont avérées très simples, à l'arrivée. Earl's Court se trouvait sur la Piccadilly Line, c'était direct depuis la gare, une dizaine de stations… J'y ai été très vite. Ça n'a pas été difficile non plus de trouver l'hôtel, j'ai juste tourné un peu, j'orientais mal le plan. Eardley Crescent y était bien indiquée, mais de quel côté ? J'ai fini par trouver. Quartier résidentiel, rues en courbe, pavées, maisons blanches en enfilade…

Le Boka Hotel est à deux pas de la grande salle de spectacle, la bien nommée Earl's Court. On est pile devant quand on sort du métro. J'ai pris une photo, hier, en arrivant. La chambre que l'on m'a donnée comporte trois lits, j'ai trouvé ça étonnant, mais je n'ai rien dit. La réservation avait bien été faite, c'était le principal, on m'avait donné la clé du 202…

À l'entrée, il y a une petite cuisine, un réfrigérateur, une bouilloire, une corbeille avec du thé, du café en poudre, du sucre, de la crème… Les Anglais ont le sens de l'hospitalité. Je dois dire que j'ai vraiment été bien accueillie, dans cet hôtel. J'ai passé une bonne nuit. Le breakfast, ce matin, était typiquement anglais, bien consistant. J'ai mangé avec appétit ! Café noir, toasts, beurre, confiture, lait, sucre, corn-flakes, assiette chaude avec oeufs, bacon, saucisse et beans… J'ai rajouté du ketchup. Un régal !

Hier en arrivant, je me suis donné du temps pour prendre possession des lieux, ouvrir mon sac de voyage, en sortir quelques affaires… Dans le train, j'avais déjà pris pleinement conscience de la situation. À l'hôtel, les choses se concrétisaient. J'étais déterminée à passer tout de même un agréable séjour, c'était prévu depuis longtemps, j'avais payé pour ça. Je n'avais pas voulu renoncer à mes vacances, j'en prenais mon parti, qu'il en soit ainsi. Mon objectif de l'après-midi était, en partant de l'hôtel, d'aller à pied, à l'aventure, à travers les rues de Londres. J'avais déniché dans le hall un plan gratuit du centre, assez détaillé, donnant les grands axes, des repères touristiques…

Quand je suis sortie, il n'était qu'une heure et demie de l'après-midi, le soleil brillait faiblement certes, mais il brillait. Le ciel était bleu, il faisait frais, l'air était pur… Un beau temps d'hiver. J'avais envie d'aller vers la Tamise, il me suffirait de continuer tout droit depuis Warwick Road, d'enchaîner les rues, selon mon inspiration…

J'ai commencé par visiter un cimetière, le Brompton Cemetery. Il m'attirait, de loin. La lumière y était déjà rasante, orangée, il y avait toutes ces vieilles pierres tombales fichées dans l'herbe, ces grands arbres, cette végétation un peu sauvage, des buissons, des broussailles… Un cimetière à l'anglaise, avec une grande allée principale que les gens empruntaient à pied, à vélo, d'autres même s'entraînaient à la course. Il y avait des bancs pour s'asseoir, l'ambiance était comme celle d'un parc. J'y ai vu mes premiers écureuils gris.

J'ai marché jusque Victoria Station, un bon bout depuis Chelsey ! J'ai pu voir en chemin la Batter Sea Power station, je l'ai prise en photo de façon de plus en plus détaillée au fur et à mesure que je m'avançais, le long de la Tamise. J'ai visité Westminster Cathedral, je me suis dirigée, depuis Victoria Road, vers Westminster Abbey. J'ai vu le Parlement, Big Ben, j'ai traversé le Westminster Bridge… La nuit tombait, la lune se levait, les monuments s'allumaient, il n'était même pas quatre heures.

J'ai poussé jusqu'à Buckingham Palace, en passant par Saint-James's Park. J'ai voulu monter vers Piccadilly Circus, mais je me suis un peu paumée, me retrouvant dans le quartier luxueux de Mayfair. J'aime les jeux de piste alors, le plan à la main, je me suis fait une joie de retrouver mon chemin. Il y avait du monde, sur Regent Street. Je me suis sentie fatiguée, d'un coup. Mes pieds me faisaient mal, j'avais beaucoup marché ! J'en avais bien profité, il était temps de rentrer.

Je suis allée dans un supermarché Boot's faire des emplettes pour mon repas du soir. Une salade aux pâtes avec du poulet épicé, un yaourt aux fruits rouges et aux céréales, des barres Cadbury chocolatées, au caramel et aux fruits secs, des en-cas énergétiques pour le lendemain… Je n'allais pas me laisser abattre. À l'hôtel, j'ai mangé sur l'un des lits en regardant la télé, zappant d'une chaîne à l'autre. Je me suis fait un thé au lait, la bouilloire me tendait les bras ! Je me suis couchée tôt, endormie tôt, bercée par les dialogues insipides d'une mauvaise série britannique.

La météo prévoyait de la pluie aujourd'hui. Elle tombe sans arrêt, depuis ce matin. J'en profite pour visiter la Tate Britain, de fond en comble (ou presque)… Il y a dix ans, quand j'y étais venue, elle se nommait la Tate Gallery. La Tate Britain, c'est plus évocateur : n'y sont exposés que des artistes anglais, des plus anciens aux plus contemporains… J'ai revu avec plaisir les toiles des préraphaélites, et tant et tant d'autres encore, quel émerveillement ! J'ai beaucoup aimé les portraits féminins de John Singer Sargent et ceux de Thomas Lawrence, leurs œuvres mises en perspective dans une salle qui leur est consacrée.

J'ai acheté quelques cartes postales, dont deux de Dante Gabriel Rossetti : "Beata Beatrix" et "The Beloved (The Bride)", de saisissants portraits de femmes. Là, je fais une longue pause au Café Tate, je bois du thé sucré, j'ai mangé un cookie au chocolat, des barres aux céréales… Il me faut des forces avant d'attaquer l'exposition permanente consacrée à JHW Turner, et puis l'autre, la temporaire : "Turner and the Masters", que je tiens à tout prix à voir. Pour les salles modernes et contemporaines, je reviendrai un autre jour. Je suis là pour visiter Londres, arpenter ses rues, aller dans ses musées… Demain, ce sera la National Gallery.

30 décembre
"The weather is damp and grey." Ce n'est pas moi qui le dis, mais la BBC. J'ai bien "petit-déjeuné" ce matin à l'hôtel, dans la salle en sous-sol, niveau moins un. C'est chaleureux, juste ce qu'il faut pour que je me sente bien. Maintenant je suis assise à une table du National Café, je suis venue recharger mes batteries avant de continuer ma visite. De là où je suis, je vois la statue de Napoléon, sur Trafalgar Square, noyée dans la grisaille. Je bois un thé Earl Grey sucré, avec du lait, servi dans un grand gobelet en carton recyclable. Je me délecte de sucreries : tarte au citron, barres aux céréales… Ça fait du bien au moral !

La National Gallery est immense, un vrai labyrinthe, il faut prendre du temps pour s'y repérer. J'avais décidé d'arpenter les salles dans l'ordre chronologique, des œuvres les plus anciennes (treizième siècle) jusqu'aux plus récentes, début vingtième (les impressionnistes). Là encore, un vrai jeu de piste ! Ça en vaut la chandelle, j'en prends plein la vue, je me régale, vraiment ! Ce qu'il m'en restera après ? Peu m'importe. Je prends des notes…

Ce qui compte, c'est ce que j'éprouve sur l'instant, ce sont ces émotions qui jaillissent devant une toile, puis devant une autre, une autre encore… La collection est époustouflante, il y a là des chefs d'oeuvre provenant de l'Europe entière, le choc esthétique est présent en permanence… Et je n'ai pas encore tout vu ! J'ai parcouru avec plaisir les salles consacrées à la peinture hollandaise, ça m'a rappelé des souvenirs. Cet après-midi, je ne veux pas louper celle des peintres espagnols : Vélasquez, El Greco, Goya, Murillo…

Hier, après la Tate Britain, j'ai pris un bateau reliant Millbank à Bankside (proche de la Tate Modern), m'offrant ainsi une belle petite balade nocturne. Si, à cette heure avancée de la journée, je n'allais pas retourner au musée, j'étais partante pour une bonne marche, l'idée étant d'aller jusqu'au Tower Bridge en suivant la Tamise, de le traverser pour rejoindre London Tower… Il avait plu sans discontinuer, il pleuvait encore, bien dru, mais ce n'était pas grave, j'étais correctement chaussée, bien équipée.

Vers dix-neuf heures, mes pieds ont déclaré forfait. Cette fois-ci j'ai fait mes courses dans un Tesco : une nouvelle salade de pâtes, un yaourt au citron, du cheddar aux piments, des petits pains, du chocolat Cadbury… J'ai acheté aussi du "lemon curd" et de la "marmalade" pour rapporter chez moi. À la télé, je suis tombée sur des épisodes de "Cold Case", en version originale, évidemment : un épisode inédit, un autre que j'avais déjà vu. Ce n'était pas très difficile à comprendre.

31 décembre
Hier soir, après mon cours d'histoire de l'art grandeur nature à la National Gallery (il faisait déjà nuit), j'ai décidé d'aller à Covent Garden repérer des boutiques, peut-être faire des achats. Chez Fred Perry, ce n'était que dévastation, quelques polos se battaient en duel ici ou là. Même en soldes, ça ne me faisait pas envie.

L'adresse que j'avais, pour les Dr. Martens, n'était plus valable : c'est devenu un magasin de vêtements. J'ai très bien reconnu l'immeuble, sur King's Street, près du marché couvert, où j'avais acheté, dix ans plus tôt, ces grosses chaussures rouges, à la semelle épaisse, que j'ai finalement peu mises. Chez Camper non plus je n'ai rien trouvé d'exceptionnel. Et puis ce monde, ce monde grouillant, parlant toutes les langues de la terre… Je me suis repliée vers un Marks & Spencer, j'y ai vu quelques articles intéressants : chaussettes, collants, écharpes… J'y retourne tout à l'heure, dans l'après-midi. Demain, ça sera fermé.

Pour l'heure, je domine la Tamise, face à Saint-Paul's Cathedral, du haut du bar-restaurant de la Tate Modern, au septième étage. Le temps est nuageux, mais il ne pleut pas. Je bois un Darjeeling, en feuilles, infusé en théière, dans une "vraie" tasse. Je le trouve excellent, il a une belle couleur ambrée… Je n'ai pas mis de lait, juste du sucre brun. Je crois que je le préfère à l’Earl Grey. Ce matin, j'ai goûté à l'art contemporain, à commencer par l'installation "How is it" de Miroslaw Balka. Je suis entrée dans un container géant où j'ai fait l'expérience de l'obscurité, testant mes sensations face à l'inconnu… Finalement, je suis quelqu'un qui va de l'avant, qui ose affronter les choses à l'aveuglette, bravant les peurs, sans reculer.

Ensuite, j'ai choisi de visiter l'exposition "Pop Life : Art in a Material World". J'y ai pris mon temps, pour ne pas juste "survoler", sinon à quoi bon ? J'ai découvert qu'Andy Warhol avait joué (son propre rôle) dans l'épisode 200 de "Love Boat" (oui, "La Croisière s'amuse" !), ça m'a bien amusée d'en visionner des extraits. Jeff Koons est plutôt bel homme, je ne savais pas, ses exhibitions "Made in Heaven" avec la Cicciolina m'ont laissé rêveuse…

"Les Nazis" de Piotr Uklanski (où l'on voit une quantité impressionnante de photos d'acteurs ayant joué le rôle d'un Nazi) pose question. J'ai trouvé très drôle l'affiche de l'office de tourisme polonais sur laquelle un plombier très sexy dit : "Je reste en Pologne, venez nombreux." Il y avait de la bonne musique dans la boutique (refaite à l'identique) de Keith Haring. J'y ai acheté deux badges. Pour finir, j'ai découvert l'œuvre hallucinante de l'artiste japonais Takashi Murakami (né en 1963), sa vaste entreprise, dans tous les sens du terme. Tant pis pour les cubistes, les surréalistes, le mouvement Arte Povera, les contemporains… Je reviendrai !

L'après-midi est déjà bien entamé, je vais quitter mon poste d'observation et continuer mon exploration pédestre des quartiers de Londres. D'abord aller vers le Nord, en direction du Museum of London, du Wall of London, de Barbican… Puis je prendrai des rues vers l'Ouest, pour retrouver les quartiers de shopping. Je veux m'acheter quelques bricoles, faire deux ou trois cadeaux, je dois penser à mon repas (de réveillon). Salade de pâtes, avec fruits de mer ou saumon ? Un yaourt au citron ? Du chocolat Cadbury ? De quoi ai-je envie ? Pour changer, j'irai dans un supermarché Sainsbury's. Tu te doutes bien que ce soir, je ne fais pas la noce. Je ne vais ni au pub, ni au restau, je resterai juste un peu plus tard dans les rues… J'irai peut-être à Leicester Square ? C'est réputé, pour les cinémas.

1er janvier
Déjà le train du retour, mon Eurostar est parti à seize heures vingt-cinq, je serai à Paris gare du Nord à dix-neuf heures quarante-sept (j'aurai alors avancé ma montre d'une heure). Pour mon dernier jour à Londres, j'avais décidé d'une balade à Regent's Park, pas loin (pour qui aime marcher) de la gare Saint-Pancras. L'intérêt, c'est que je pouvais déposer mon sac de voyage à la consigne et partir librement me promener.

Il y avait du soleil, un vent froid soufflait et il avait neigé ! Je ne m'en suis rendu compte qu'en arrivant aux abords de Regent's Park, c'était blanc partout. Quelle surprise ! J'y ai fait un grand tour, l'étang était gelé, de bonnes âmes nourrissaient moult volatiles, oies, canards, mouettes, pigeons… C'était joli, cette nature en pleine ville, avec ses teintes hivernales. Près du London Zoo, sur une pelouse à perte de vue, des gens jouaient avec leur chien, les faisaient courir, rattraper la balle. Sur les chemins goudronnés, il y avait des familles, des enfants, des poussettes, des couples ou des amis, de tous les âges. Majoritairement des Anglais, m'a-t-il semblé. Tout ce petit monde semblait ravi par tant de merveilles, avait plaisir à être là.

Vers midi et demie, j'ai eu faim, un peu froid. Une halte s'imposait ! Une petite auberge nommée "The Honest Sausage" m'est apparue, à un tournant… J'étais sauvée ! Après avoir commandé un thé (un Earl Grey, ils n'avaient pas de Darjeeling), j'ai pu m'asseoir à l'intérieur. Il faisait bon, c'était rustique, le soleil y entrait par ses rayons obliques, dehors la neige scintillait sous un ciel bleu très pur. La radio diffusait de la musique classique… Un moment de grâce, calme et serein.

L'après-midi, j'ai continué à marcher, me rapprochant de la gare en suivant de petites rues transversales à Euston Road, laissant derrière moi la grande tour cylindrique (Telecom Tower) qui affichait le message : "Happy New Year". Je suis passée devant le British Museum (il était fermé), les hauts bâtiments de l'University College, le grand hôtel Russell… Je regardais ma montre de plus en plus souvent, l'heure tournait. Bientôt, il me faudrait récupérer mon sac à la consigne, dépenser mes dernières livres Sterling, passer les douanes, patienter dans la salle d'enregistrement…

Retour à la case départ. J'occupe la place 28, côté fenêtre, en première classe. Il n'y a personne à côté de moi, et pour cause. C'est le fauteuil que tu aurais dû avoir. J'ai eu parfois les yeux humides, au cours de ces cinq jours à Londres. J'ai même pleuré, une ou deux fois, à l'hôtel. Mais je ne regrette pas ce que j'ai fait. Je reviens de Londres avec des ampoules aux pieds, une boîte de cinquante sachets de Darjeeling, cent soixante-dix-huit photos en souvenir, l'envie de réécouter les Beatles (mais pas en version remasterisée).

Voir aussi les photos, sur ce blog, de Welcome London !

samedi 13 mars 2010

Jardin d'hiver


Trilogie hivernale : 3/3

Il fait froid, ce matin ! Quand va-t-elle se décider à ouvrir ? Le jour ne tardera pas à se lever et ses volets restent désespérément fermés… Pourvu qu'il ne lui soit rien arrivé, rien de grave, en tout cas ! J'espère qu'elle est chez elle, bien au chaud. Comme j'ai envie d'avoir chaud, moi aussi !

Hier soir, elle sortait. D'abord, elle avait pris un bain, s'était séchée, coiffée, puis avait essayé différentes tenues avant d'en choisir une qui lui convenait. Elle avait finalement opté pour une petite robe chasuble vert sapin, un pull jaune vif à col roulé, des collants rayés jaune, noir et vert, des chaussures noires à grosses semelles, les couleurs étant parfaitement assorties.

J'ai tout vu, de mon poste d'observation préféré ! Ensuite, elle a vérifié que rien ne manquait dans son sac à main, elle a enfilé son long manteau gris, enroulé son écharpe (verte) autour du cou, posé délicatement son bonnet (jaune) sur son épaisse chevelure brune, s'est saisie de ses gants en cuir (noir), de ses clés de maison et de voiture… C'était l'heure du départ ! Où allait-elle, vêtue comme ça ? Je ne sais pas.

Moi aussi, je sortais. Mais je n'ai pas eu besoin de tous ces préparatifs, contrairement à elle, avant de mettre le nez dehors ! Toute la nuit, j'ai fait la noce, comme à mon habitude. Je n'ai pas eu le temps de m'ennuyer ! Je ne m'ennuie jamais, au cours de mes virées nocturnes ! Il y a toujours des surprises, des imprévus qui donnent du piment à l'affaire ! J'ai retrouvé des camarades, fait quelques nouvelles connaissances… La fête est finie et maintenant, je trouve le temps long. Tous les accès à la maison sont clos, rien à faire, impossible de voir quoique ce soit à l'intérieur.

Est-elle seulement rentrée ? Ce n'est pas sûr. Il lui arrive parfois de me faire patienter jusqu'au soir ! Je pourrais quitter ma cachette, sous les arbres, au fond du jardin, faire le tour de la maison, aller voir si sa voiture est garée à l'endroit habituel, côté rue… Je n'en ai pas le courage, pas pour le moment. Je vais attendre encore un peu, elle ne devrait plus tarder ! Quel jour sommes-nous, au fait ? Est-ce qu'elle travaille, aujourd'hui ?

Ah ! Qu'il me serait doux d'entendre le couinement du battant de la grande fenêtre, le grincement des volets sur leurs gonds, leur claquement discret sur le mur, le tintement métallique des attaches qui les fixent… Ce serait bon signe ! C'est que j'ai l'ouïe fine ! Elle serait là, tout irait bien pour moi.

Il fait froid, vraiment très froid. Il a gelé, cette nuit. Les arbres sont enduits d'une pellicule de glace, on dirait du verre ; les rares plantes qui subsistent dans le jardin sont figées comme des statues, toutes couvertes de givre. C'est beau ! Quant à la pelouse, elle est raide, hérissée, parsemée de cristaux blancs. Ça me procure des sensations étranges quand je marche dessus : ça crisse, ça craque, je m'enfonce… Les flaques d'eau sont devenues de vraies patinoires !

Le jour ne se lève pas vraiment ; le ciel reste sombre, compact, gris, presque marron. L'air est chargé d'humidité, il y plane quelque chose d'inaccoutumé, qui ne ressemble pas à de la pluie. Il y a du vent, soudain, de longues rafales particulièrement glaciales. Les branches s'agitent au-dessus de moi, dans les haies, aux alentours… Ça se met à tomber, ça crépite, ça grésille, ça fourmille ! Une myriade de petites étoiles dansent sous mes yeux avant de toucher le sol…

Oui, c'est cela : il neige ! Que c'est joli, ces flocons qui descendent du ciel, ça me donne envie de les attraper, tous, un par un. Ils grossissent, s'épaississent, se multiplient… Certains sont vraiment énormes ! Oh ! En voici un dans mon œil ! Petit coquin, va ! De là où je suis, avec tout ce qui tombe, je vois à peine la maison. Oui, mais je garde les oreilles en alerte, au cas où…

Pour le moment, je m'absorbe dans la contemplation de ce ballet léger, délicat, virevoltant. Une fois posées au sol, les paillettes sont rejointes par d'autres, puis par d'autres encore ; l'herbe disparaît, petit à petit, tout devient blanc autour de moi, plus lumineux. Partout ça brille, ça étincelle, ça scintille. La couche, déjà épaisse, recouvre le jardin, adoucit ses courbes, gomme son relief, lui donne une dimension magique. C'est tout à la fois poudreux, moelleux, élastique. Les plantes en pots sont enfouies sous la neige, on ne voit plus que des monticules, ici ou là… Quel spectacle magnifique ! J'en oublie d'avoir froid, je suis bien, à l'abri. Les arbres au-dessus de moi, des sapins bien touffus, me protègent.

La nuit précédente, j'ai eu un gros coup de fatigue. Pour une fois, je n'ai pas eu du tout envie de sortir, j'ai préféré dormir. Et quand je dors, moi, c'est du sérieux ! Il fallait que je récupère de mes dernières soirées, très mouvementées. J'avais fait fort ! Je suis dans les excès, c'est ma nature, je n'y peux rien. Mon sommeil a été long, profond, sans rêves, jusqu'au jour. Et là, j'ai eu faim, très faim. Mon ventre faisait des gargouillis, la tête me tournait, je ne tenais plus !

Elle, elle dormait encore, je la regardais. Elle s'agitait dans son sommeil, se tournait, se retournait, vers la droite, vers la gauche, bougeait ses jambes, ses bras, la tête… Elle n'avait pas l'air de vouloir se réveiller. Si elle se voyait, quand elle dort ! En plus elle ronfle, et elle parle ! Un vrai festival !

Hier matin, après avoir été d'une patience exemplaire, j'ai pris une grande décision. J'étais à bout, à force d'attendre ! M'approchant tout près d'elle, je l'ai appelée. Tout bas d'abord, plus fort ensuite. J'ai effleuré ses joues, son menton, ses lèvres, son nez, son front, ses cheveux, tout en continuant à l'appeler… "Réveille-toi, maintenant, il est l'heure, ça a assez duré !"

Elle a fini par émerger, a ouvert ses grands yeux verts tout étonnés, elle m'a souri, m'a dit bonjour et plein de petites choses gentilles… Elle a bâillé, s'est étirée, ses cheveux bruns tout ébouriffés. Elle a tiré les draps, s'est assise sur le bord du lit, a posé les pieds dans ses chaussons fourrés, a attrapé sa robe de chambre, s'en est vêtue, a noué énergiquement la ceinture… Ouf, elle était levée ! Elle s'est dirigée vers la cuisine, je l'ai suivie d'un pas décidé. J'étais aux anges !

Le matin, à son réveil, ses premières attentions sont toujours pour moi. J'en éprouve une certaine fierté, surtout quand l'Autre est là. L'Autre, je ne l'aime pas. C'est réciproque, je crois. Heureusement, il ne vit pas ici en permanence, il vient principalement le samedi et le dimanche. C'est bien suffisant.

Lorsqu'il vient chez elle, qu'il dort avec elle, évidemment, il y a concurrence ; je ne suis plus son centre d'intérêt principal, je dois me contenter de la deuxième place… Parfois, elle m'ignore totalement, elle ne s'occupe plus du tout de moi. Je disparais de son univers, je ne suis plus rien pour elle, seul l'Autre compte. Comme c'est vexant, désagréable !

Alors, quand ça m'énerve, quand ça m'horripile, quand ça m'exaspère, je trouve toujours quelque chose à faire pour attirer leur attention : une grosse bêtise, de préférence ! Quelle maladresse ! La cruche remplie d'eau a atterri sur le carrelage, elle s'est brisée, il faut tout ramasser, sans se couper, et éponger. C'est écœurant, je vomis sous leur nez, alors qu'ils sont en train de manger, en produisant moult bruits et râles, jusqu'à la bile. Je suis malade, à en crever, il faut vite me soigner ! Malédiction ! J'ai abîmé ce beau livre auquel elle tenait tant, c'est l'Autre qui lui avait offert, des pages sont déchirées, d'autres sont tachées… Comme c'est méchant, désespérant !

Je tire une grande satisfaction quand le ton monte entre eux, qu'ils se disputent à cause de moi. L'Autre m'accuse, devient grossier, me traite de tous les noms. Il lève la main sur moi mais ne va pas jusqu'à me battre, non, il s'arrête à temps. Elle prend ma défense, trouve des excuses à mon comportement pour le moins intolérable, elle dit que ça n'arrivera plus, qu'elle va tout faire pour que je m'améliore… Il crie, prétend que je suis irrécupérable, lui dit des mots méchants, alors elle gémit, se met à pleurer à chaudes larmes… D'un coup il se calme, lui parle plus doucement, il la prend dans ses bras, la console, elle l'embrasse, se colle à lui… Ils échangent des excuses, la tempête est finie.

Évidemment, après ces péripéties, elle me punit. Elle me gronde, elle me chasse, elle m'isole, elle me prive de mon repas… Je m'en vais, tête basse, et ne reviens, l'air hautain, triomphant, que lorsque l'Autre a vidé les lieux. Elle m'accueille, bras ouverts, sourire aux lèvres ; elle m'embrasse, me parle en chuchotant, encore pleine d'inquiétude et de remords. Elle tente de m'expliquer que ça n'est pas bien ce que je fais, elle me fait promettre de ne plus jamais recommencer. Elle dit qu'elle m'aime !

Je l'accompagne à la cuisine, où elle me sert une double ration. Elle me caresse sous le menton avant de me laisser tranquille pour manger. Elle me regarde, admirative. J'en redemande, elle me ressert, elle me flatte, me félicite pour mon bon appétit. Elle me taquine gentiment, elle plaisante, elle est contente. "C'est que tu avais faim, toi !"

En parlant de double ration… La faim me tenaille, mon ventre réclame sa pitance ! Je salive à l'idée d'un repas bien reconstituant, croquant, savoureux… Que se passe-t-il ? Pourquoi n'ouvre-t-elle pas ? Je ne vais quand même pas passer la journée là ! Surtout qu'il continue à neiger ! Vais-je devoir jeûner jusqu'à ce soir ? Le tapis blanc s'est encore épaissi, les flocons se sont accrochés partout, alourdissant les branches, les rameaux, les buissons. La nature croule sous la neige, il règne un calme étrange. Tout paraît assourdi, assoupi, endormi.

Le jardin est méconnaissable, il est devenu autre chose. Tout est transformé, tout est gigantesque, on est dans un autre monde… Un rêve, un conte de fées, un décor de dessin animé. Ce sera un terrain de jeux fantastique à explorer ! Mais je jouerai après, quand j'aurai mangé. Brrr ! Je grelotte, je frissonne, je n'arrive plus à me réchauffer. Mon abri n'en est plus vraiment un, il va falloir que j'en trouve un autre si je ne veux pas me changer en bonhomme de neige&nbsp! Où pourrais-je donc aller ?

Mais ce n'est pas sa voix que j'entends là, sa voix qui crie mon nom ? Oui, c'est elle qui m'appelle, du haut des marches, je n'y croyais plus ! Allez, je la laisse patienter quelques instants avant d'affronter toute cette neige, avant de me montrer, avant de la rejoindre !

Courage, j'y vais ! Le chemin semble long jusqu'à elle ! Je m'enfonce, je trébuche, je retrouve mon équilibre, j'avance à petits pas prudents. J'accélère, je cours presque maintenant, soulevant un nuage poudreux autour de moi. J'y suis enfin, je me jette dans ses bras…

Comme il est bon de sentir la chaleur de ses mains sur moi ! Son souffle parfumé, avec cette drôle de fumée qui lui sort de la bouche, ses gratouillis dans mon cou du bout de ses ongles, ses baisers généreux, ses mots plein de tendresse… C'est elle que j'aime, c'est ma maîtresse, il n'y a qu'elle qui compte pour moi… et pour mon estomac.