mercredi 11 septembre 2013

Les petits bonheurs

Juillet 2008 
Première partie : Léa

Moi, c'est Léa. Ma maîtresse m'appelle comme ça : "Léa ! Léa ! Léa !" Je viens d’avoir treize ans et je me porte plutôt bien. Oh ! Des problèmes digestifs de temps à autre, des nausées, des vomissements… Je mange trop vite et je n'ai plus beaucoup de dents !

Pourtant, ma maîtresse fait tout pour me satisfaire, côté nourriture : elle varie les pâtées, il y en a de très bonnes mais aussi de très mauvaises, mais ça elle n'y peut rien, elle ne va tout de même pas les goûter… Elle laisse à ma disposition des croquettes avec de l'eau bien fraîche, elle me donne parfois des petits morceaux de viande qu'elle a coupés finement dans son assiette, exprès pour moi…

Je suis bien traitée, ma caisse est toujours propre, je reçois beaucoup de caresses et de bisous, ma maîtresse me dit tous les jours que je suis belle et qu'elle m'aime. Je peux profiter à mon aise du grand jardin, qu'elle entretient avec soin ; il est toujours fleuri, quelle que soit la saison. En été, elle s'arrange pour laisser quelques zones de hautes herbes, sous les arbres, où j'adore venir faire la sieste, bien cachée, sans personne pour me déranger. Nous sommes en été : vive les petits coins frais, à l'ombre !

Au fond du jardin, sous la haie, il y a un passage qu'elle maintient en état en coupant régulièrement les branches ou les orties qui pourraient l'obstruer. Il permet d'accéder à un petit chemin et à d'autres jardins ! Elle est bien gentille, de penser à ça ! S'il n'y avait plus ce passage, ce serait la catastrophe !

Je ne m'aventure plus très loin aujourd'hui… Je me fatigue vite ! De temps en temps, la nuit, si je me sens en forme, je m'autorise quelques escapades de l'autre côté. Je me promène le long du chemin, tranquillement. Je m'arrête, je hume l'air, je me fais silencieuse, immobile, j'attends les souris…

Il m'est encore arrivé récemment d'en attraper une, pas bien nerveuse, je l'avoue, qui passait par là ; il ne m'a pas été très difficile de lui ôter la vie. J'ai fait ça proprement, rapidement, et je l'ai déposée bien fièrement sur les marches de la porte-fenêtre, pour que ma maîtresse la trouve le matin, à son réveil. Elle le sait bien, que c'est un cadeau extrêmement précieux que je lui fais là ! Je lui exprime toute ma reconnaissance, toute ma gratitude, toute la joie que j'ai de vivre ici avec elle, tout mon amour…

Elle me complimente, elle me donne des caresses, elle attrape mon "cadeau" par la queue, elle l'examine, puis ne sachant plus quoi en faire, elle le met à la poubelle… Je comprends qu'elle ne puisse pas garder chez elle une pauvre souris morte ! Ce qui compte, c'est le geste. C'est tout le mal que je me suis donné à l'attraper : des heures d'attente, tout en pensant très fort à elle !

Il y a des soirs où je ne sors pas, où je préfère rester au calme avec ma maîtresse. Après le dîner, elle installe son canapé clic-clac en position lit, elle se met dans les draps pour lire, écouter de la musique ou regarder la télévision… Alors je viens la rejoindre, je m'installe confortablement sur sa poitrine, je presse sur elle mes pattes de devant, l'une après l'autre, en essayant de ne pas trop sortir mes griffes, et je ronronne.

J'aime dormir tout près d'elle. Quand vient l'heure d'éteindre la lumière, elle place l'une de ses mains sur mon ventre, là où c'est chaud et doux, et elle s'endort comme ça, en me grattant du bout des doigts. Je suis aux anges ! C'est le bonheur absolu. Je m'abandonne… J'espère encore vivre quelques belles années de cette façon.

Dommage que je ne sois pas toute seule, dans cette maison. Il me faut souvent défendre mes droits, grogner pour me faire entendre, donner des coups de patte, parfois même me battre… Je dois, malheureusement, faire des concessions. Ce n'est pas de gaieté de cœur ! Cela m'angoisse, parfois, terriblement, jusqu'à m'en rendre malade.

Elle exagère, ma maîtresse, un seul chat, moi, en l'occurrence, si distinguée et délicate, à la belle robe tigrée fauve avec du blanc au bout des pattes, sur le museau, le menton et le cou, ça lui suffisait bien, non ? Pourquoi a-t-il fallu qu'elle revienne, un beau matin, avec une petite créature noire aux yeux jaunes verts, au museau pointu et aux grandes oreilles ? Un chaton frêle et maladif, qui n'a d'ailleurs pas tardé à attraper le coryza, je ne donnais pas cher de sa peau.

Mais non, il a bien tenu le choc, il s'est mis à grandir, à grossir, à devenir l'infâme bête qu'il est aujourd'hui : un gros sac noir, ventru, poilu, méchant comme une teigne, qui ne pense qu'à manger ou à embêter son monde. Un coup de griffe par ci, un jet de pisse par là… Qu'il retourne en enfer, ce Lucifer ! Ma maîtresse l'a fait opérer, mais il a quand même gardé un sale caractère de mâle dominant ! Tous les jours je lui dis : "Va t'en, va t'en, tu es méchant !" Mais il ricane et me répond effrontément : "Jamais, jamais, vieille chose !" Il souffle, il crache sur moi, il s'approche en gonflant ses poils… Il ne m'impressionne pas. J'étais là avant lui !

Je ne l'aime pas. Lui non plus, d'ailleurs. La plupart du temps, il m'ignore, il vit sa vie comme si je n'existais pas. Quand lui prend l'envie d'être désagréable, il éprouve un malin plaisir à vouloir me déloger de l'endroit où je dors pour se mettre à ma place. Souvent je lui tiens tête jusqu'à ce qu'il s'en aille ; parfois, quand il me pousse à bout et que je perds patience, je pars en râlant, je vais chercher un coin plus tranquille…

C'est un tyran ! Ma maîtresse le traite souvent de sale bête, mais elle lui fait de gros câlins, et à lui aussi elle dit qu'il est beau et qu'elle l'aime… Ça doit être comme ça, chez les humains. Ils peuvent partager leur amour entre différents êtres… J'aime les choses simples : un chat, un maître.

Deuxième partie : Tempo

Moi je suis Tempo. Ma maîtresse dit souvent que ça rime avec gros, en plaisantant gentiment, croit-elle. Car ce n'est pas vraiment gentil, de me dire ça. Je suis très susceptible, à chaque fois je le prends mal. Je ne suis pas gros, je suis costaud ! Qu'elle ne s'étonne pas, après, si je sors mes griffes, si je lui assène quelques coups sur la main qu'elle avance innocemment vers moi, si je la mords avec mes canines redoutables. Il faut qu'elle sache qui est le maître, ici !

Je suis un pauvre chat né dans la rue, d'une mère qu'on a abandonné, n'ayant eu pour seule perspective que l'euthanasie chez le vétérinaire, avec tous mes frères et sœurs… Mais une brave dame nous a recueillis, avec notre maman. Je lui en suis reconnaissant, éternellement ! Grâce à elle, j'ai eu une vie de bébé chat heureuse ; dans sa maison il y avait plein d'autres chats, des chiens aussi, tous très gentils… J'ai été choyé, dorloté, j'ai bien tété ma mère, j'ai beaucoup dormi, je me suis amusé comme un petit fou…

Mes frères et mes sœurs sont tous partis les uns après les autres, on les emportait dans un panier, ils avaient l'air content de s'en aller… Je suis resté quelque temps seul avec ma mère, mais elle m'évitait, elle me repoussait. "Tu es sevré, maintenant, tu n'as plus besoin de moi ! Il est temps de nous séparer ! Une vie nouvelle m'attend, tu sais, une famille va bientôt venir me chercher ! Toi aussi, on va t'adopter ! Ce sera bien, tu verras !"

Un jour est arrivée une petite bonne femme blonde, avec un panier. Elle m'a regardé, elle m'a approché, elle a avancé sa main vers moi… Je ne l'ai pas griffée, non, je voulais qu'elle ait une bonne opinion de moi, alors j'ai avancé mon petit museau bien frais en ronronnant… Je me suis laissé faire quand elle m'a pris dans ses bras, quand elle m'a soupesé, détaillé, tripoté… L'affaire était dans le sac et le chaton, dans le panier ! "Adieu, chère maman ! Je pars en voyage !"

Pour un chat des rues, j'ai plutôt bien réussi : j'habite une maison où je trouve pitance à volonté (j'essaie bien un peu de me restreindre, mais c'est plus fort que moi, j'adore manger), un grand jardin, une maîtresse généreuse et compréhensive… Le bonheur, quoi !

Au fond du jardin, sous la haie, il y a un passage qu'elle maintient en état en coupant régulièrement les branches ou les orties qui pourraient l'obstruer. Il permet d'accéder à un petit chemin et à d'autres jardins ! Elle est bien gentille, de penser à ça ! S'il n'y avait plus ce passage, ce serait la catastrophe !

La nuit, tous les chats sont gris, mais moi je suis noir, noir comme de l'encre, on ne me voit pas, je peux chasser mes proies… Et je fais respecter la loi ! Chats errants, pleins de puces, allez voir plus loin ! Passez votre chemin ! Ici c'est chez moi, on n'entre pas ! Non mais des fois…

Ah ! J'en ai coursé, de ces profiteurs qui prenaient ma gamelle pour un libre-service… C'est le cirque, ici, quand ma maîtresse s'absente ! Mais j'ai vite fait de les renvoyer de l'autre côté, et qu'ils ne reviennent pas, sinon ils auront affaire à moi !

À la fin de l’été, j'aurais déjà six ans. Il va vraiment falloir que je surveille mon poids. Je le sens, en ce moment, que je me traîne, avec mon gros ventre… D’accord, je suis corpulent, mais j'ai mon poids de muscles, tout de même ! Et puis il y a du monde à la maison, en ce moment. Il faut que je reste vigilant, des fois que la petite chose qui s'est installée chez moi veuille prendre le pouvoir… Oh non ! Elle est bien trop fragile, bien trop fluette !

Par contre, elle a bien su faire son petit cinéma auprès de ma maîtresse, qui a fini par lui ouvrir la porte et lui donner à manger, une fois, deux fois, trois fois, jusqu’à l'adopter… Elle a réussi son coup, la coquine ! Là-bas, ses maîtres ne s'occupaient pas d'elle, ils avaient deux gros chiens, dont un très méchant… Alors la voilà ici, à occuper ma place dans le canapé, à manger dans ma gamelle, à me narguer, à vouloir jouer avec moi…

Il faut voir comment elle se comporte avec ma maîtresse : elle lui fait des numéros de charme, elle se met sur le dos pour se faire caresser le ventre, elle lui tète le bras en ronronnant très fort… Tout un cinéma ! Cela dit, elle est bien gentille, cette petite chatte noire aux yeux verts, aux jolies pattes toutes blanches, comme des chaussons. Elle a aussi du blanc sur le plastron, le ventre, les cils et les moustaches… Une vraie beauté ! Elle s'est installée là parce qu'elle s'y sent bien, c'est tout… Je la comprends. Je suis méchant, mais pas assez pour la faire fuir d'ici. Je ne dois pas oublier d'où je viens…

Pauvre petite, contrainte de dormir dans la niche du chien ! Ah ! Elle a tout gagné en venant vivre sous mon toit ! Elle sait ce qui est bon pour elle, pas de doute ! Je lui fais peur de temps en temps, pour qu'elle se souvienne de qui fait la loi ici. Du moment qu'elle ne me pique pas ma place, juste au-dessus de la tête de ma maîtresse quand elle lit, écoute de la musique, regarde la télévision ou quand elle dort, et tout ira bien.

Elle est toute fine, cette jeune chatte, elle mange beaucoup mais elle ne grandit pas, elle garde une taille de chaton… Je m'inquiète pour sa santé, parfois ! En tout cas, c'est une forte tête ! Chapeau, quand même, de s'amener : "Bonjour, c'est moi que v'là, il n'y aurait pas un peu d'amour pour moi, par ici ?" Alors voilà. Elle est là. Je fais avec, mais je reste sur mes gardes. C'est moi le chef, quand même. Personne ne doit oublier ça.

Troisième partie : Kiwi

Je m'appelle Kiwi, c'est le prénom que m'a donné ma deuxième maîtresse. Avant c'était Opium, mais ça c'était avant, j'ai presque déjà tout oublié de ma vie d'avant, depuis que j'ai changé de maison. Oh ! Je ne suis pas allée au bout du monde ! Seulement un peu plus loin !

Ici c'est le bonheur, du matin au soir, du soir au matin ! Je me sens en sécurité, protégée, défendue ; le gros chien ne peut plus m'attraper ni me faire du mal… Je ne suis plus obligée de dormir dehors, je peux profiter du coin d'un bon matelas ! Ma maîtresse me considère, s'adresse à moi, s'occupe de moi, s'inquiète de ma santé, m'emmène chez le vétérinaire en me transportant dans une petite cage avec une poignée.

Je lui fais confiance, elle ne veut que mon bien, elle a l'air vraiment de m'aimer. Je fais tout pour lui plaire, pour lui être agréable. J'aime dormir pas loin d'elle, sur le canapé, quand elle travaille sur son ordinateur, ce drôle d'engin gris et plat avec un écran où s'animent toutes sortes de choses…

Je ne suis pas le seul chat de la maison, mais ça je le savais déjà avant d'y habiter. Ils avaient l'air heureux et bien nourri, ces deux chats-là, la femelle tigrée et le gros mâle noir… En tout cas plus heureux que moi. Mes anciens maîtres n'étaient pas souvent là, ils oubliaient de me donner à manger, ils avaient l'air de ne pas trop savoir ce que c'était de s'occuper d'un chat, ils me laissaient dormir dehors avec le chien… Enfin c'était toujours mieux que rien.

Parce que cette chienne-là, je l'aimais bien. Je lui suis très reconnaissante de m'avoir accueillie si chaleureusement, quand je suis arrivée chez eux : j'étais un tout petit chaton, j'aurais eu encore besoin de ma mère, le goût de son lait me manquait… La chienne s'est occupée de moi du mieux qu'elle pouvait, partageant généreusement sa ration de croquettes. Ce n'était pas très bon, trop dur pour mes petites dents, mais quand on a le ventre vide… On s'entendait plutôt bien, toutes les deux. Ce n'était pas si désagréable de dormir tout contre elle… J'avais bien chaud ! Je vais lui rendre visite, de temps en temps. Mais je reste prudemment derrière le grillage. À cause de l'autre, cette grosse brute…

Dès que j'ai eu grandi un peu, j'ai voulu aller voir d'un peu plus près l'appartement où vivaient les deux chats, le noir et la tigrée. Chez eux, tout paraissait calme, simple, paisible. Ils avaient l'air de faire ce qu'ils voulaient, ils entraient, ils sortaient, ils mangeaient des choses appétissantes, leur maîtresse les choyait… Le matin, elle les sifflait, elle les appelait par leur nom pour les faire rentrer, pour leur donner à manger avant de partir au travail. Je serais bien venue, moi aussi ! Mais je restais en boule, collée contre ma maman chien. Ce n'était pas chez moi, là-bas. Je pouvais rester des journées entières sans rien dans le ventre. J'avais si faim !

J'ai passé l'automne dehors, puis tout l'hiver. Comme j'ai eu froid ! Mes maîtres me laissaient rarement entrer et quand ils le faisaient, c'était pour me crier dessus et faire devant moi des gestes brusques. Je m'aventurais bien de temps en temps jusqu'à la maison des deux chats, pour voir comment ça se passait pour eux…

Je pointais mon museau à la fenêtre, je regardais à l'intérieur. Soit ils dormaient, soit ils mangeaient (de la pâtée et des croquettes), leur maîtresse leur faisait plein de câlins… Quand elle lisait, écoutait de la musique ou regardait la télévision, l'un ou l'autre venait sur elle et réclamait des caresses. Ils pouvaient même monter sur la table de la cuisine pour boire de l'eau dans une cruche !

Quand la petite bonne femme blonde ouvrait la porte-fenêtre, qu'elle prenait l'air sur la terrasse ou qu'elle s'occupait du jardin, je m'avançais vers elle en miaulant gentiment. J'aurais aimé, moi aussi, recevoir quelques caresses ! Elle m'en donnait, parfois. Elle jouait avec moi, aussi. Mais je n'avais pas le droit d'entrer chez elle, pas question !

Au début du printemps, mes maîtres sont arrivés avec un deuxième chien, qui ressemblait au premier, mais en plus jeune, plus remuant, et vraiment très méchant. Du jour où cette horrible bête est arrivée, je n'ai plus eu ma place. J'avais peur, extrêmement peur que ce molosse aux crocs puissants ne fasse de moi qu'une bouchée ! Et tous ces aboiements affreux pour me chasser !

Alors je suis partie, bien décidée à tenter ma chance dans la maison voisine, celle des deux chats et de leur gentille maîtresse. Je suis venue tous les jours, le matin à l'heure de la pâtée, le soir à l'heure de la pâtée… Je miaulais, je pleurais, je gémissais, je lui suppliais de m'ouvrir sa porte, de me donner à manger ; j'étais malheureuse, une pauvre petite chatte abandonnée…

Un matin, elle a fini par craquer. Les deux autres étaient déjà rentrés, ils bâfraient dans leurs gamelles, et moi j'avais faim, tellement faim ! Je suis restée à miauler, derrière la vitre, j'ai insisté, j'ai gratté de toutes mes forces avec mes pattes de devant, j’ai sorti mes griffes pour faire encore plus de bruit… J'étais désespérée ! Elle a hésité un peu, puis elle a préparé deux petites assiettes et elle m'a appelée, d'une voix douce. Je suis entrée, je me suis précipitée sur la nourriture, elle m'a caressée, elle m'a regardé manger, puis quand j'ai eu fini, elle m'a remise dehors.

Le lendemain matin, je suis revenue, elle m'a ouvert. Elle m'avait préparé un petit coin rien pour moi, avec mon repas, deux gamelles et un bol d'eau fraîche. Plus tard, voyant que j'aimais ça, elle m'a servi du lait. J'ai eu le droit, jour après jour, de rester plus longtemps, de dormir où je voulais… Les deux autres chats ne m'ont pas chassée, même si je les sentais assez hostiles à ma présence… La dame blonde est ma maîtresse, maintenant… Elle me caresse, elle m'embrasse, elle me serre dans ses bras, elle me dit que je suis belle, elle me dit qu'elle m'aime.

Dans ma maison il y a Léa, la vieille chatte qui vit là depuis onze ans, m'a-elle dit ; moi je ne vois pas bien ce que ça fait, onze ans, je n'ai même pas encore un an… Elle m'a bien prévenue : je respecte sa tranquillité, je reste discrète, et tout ira bien. Elle ne m'adresse que très rarement la parole.

Il y a Tempo, le gros costaud, qui habite ici depuis ses trois mois ; il vient de ce qu'on appelle "L'École du Chat", une association qui recueille les animaux sans maître. Pour ce qui est de son éducation, il y aurait à redire ! Mal élevé, mal embouché, toujours à jouer les durs… Mais c'est une bonne pâte au bout du compte, il faut juste savoir le prendre.

Je lui ai demandé de m'apprendre à attraper des souris. Il était très content ! Lui, ce qu'il aime, c'est les rapporter vivantes jusque dans l'appartement. Une opération très délicate ! Pas du travail bâclé comme la vieille, qui s'obstine à les déposer mortes, parfois décapitées… La maîtresse ne les garde pas, elle les jette. Alors la course aux souris vivantes, ça crée un peu d'animation ; là au moins, tout le monde en profite ! Bien plus longtemps ! C'est ma maîtresse qui n'a pas l'air ravi.

Alors moi, les souris, je les lui rapporte vivantes, mais je les laisse sur la terrasse. Je joue un peu avec elles avant de les tuer, d'un bon coup de dents, pour qu'elles ne souffrent pas. Ma nouvelle maîtresse me complimente sur les proies que je lui offre, elle me parle gentiment, je suis heureuse.

Au fond du jardin, sous la haie, il y a un passage qu'elle maintient en état en coupant régulièrement les branches ou les orties qui pourraient l'obstruer. Il permet d'accéder à un petit chemin et à d'autres jardins ! Elle est bien gentille, de penser à ça ! S'il n'y avait plus ce passage, ce serait la catastrophe !

La nuit, je pars à l'aventure, je rencontre d'autres chats. Je ne suis pas assez méfiante, un peu trop naïve, alors quelquefois je me prends de sacrées peignées, de l'autre côté ! Au petit matin, ma maîtresse siffle, nous appelle tous les trois : "Léa ! Tempo ! Kiwi !"

Nous arrivons en galopant, nous nous frottons contre ses jambes, nous nous mettons à manger, nos gamelles sont largement servies… Je n'y ai pas perdu au change ! Je suis vraiment chez moi, je fais partie de la famille ! Maintenant, ma place est ici.




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