mercredi 8 mai 2013

Longueur d'Ondes #67


Le nouveau numéro du magazine Sur la même Longueur d'Ondes est paru fin avril 2013 pour être distribué en masse au Printemps de Bourges ; quant à moi j'ai pu le trouver aux Cuizines de Chelles, à l'occasion du concert de Winston McAnuff et Fixi (bientôt un compte rendu ici-même).

Pour ce numéro 67, j'ai écrit onze chroniques en tout et réalisé l'interview du couple de musiciens éminemment sympathique, Lili Cros et Thierry Chazelle.

Pour feuilleter le magazine (on peut aussi le télécharger) c'est ici :


L'entrevue intégrale avec Lili Cros et Thierry Chazelle se trouve là :

http://www.longueurdondes.com/2013/04/22/lili-cros-thierry-chazelle-4

D'autre part, ma collaboration avec Marylène Eytier, photographe, fut fructueuse en ce début d'année 2013 ; nous avons couvert trois manifestations pour le site web de Longueur d'Ondes. Accès direct ci-dessous :




Irons-nous ensemble au concert de Holden le 4 juillet à la Maroquinerie ?

Voici mes onze chroniques dans l'ordre alphabétique. A priori, elles sont parues soi sur la version papier, soit sur Longueur d'Ondes.com.

Bonne lecture et bonne écoute !

Au programme :

-AÑA : "Ces roses flotteront sur l’océan…"

-ELECTRO BAMAKO : "Electro Bamako"

-LA GALE : "La Gale"

-IAROSS : "Renverser"

-ALEXANDRE KINN : "Si le vent se lève"

-MAT3R DOLOROSA : "Think about your future now"

-LA MATHILDE : "Du sang dans la terre"

-MÉMOIRES D’AUTOMNE : "Cliché"

-MONSIEUR ROUX : "L’illégalité joyeuse"

-SAKYA : "Cella"

-RACHID TAHA : "Zoom"

1) BRUITAGE

AÑA
"Ces roses flotteront sur l’océan…"
(Autoproduit)

Le duo inclassable, intemporel, continue sur sa lancée atypique, livrant un troisième album aux accents spirituels et prophétiques. Amandine (chant, guitare), David (basse, loops) partagent claviers et batterie. "Reflections" ouvre la voie avec un trip hop enlevé, agrémenté de boucles entêtantes de piano et de cordes. "La dernière lumière rouge", aux paroles sibyllines, au chant éthéré, évoque Cocteau Twins, tandis que "West" fait pencher la balance du côté de PJ Harvey. Nous surfons sur les vagues sombres de "The shadow of the doubt", puis "Mother" martèle notre passé curiste, période "Pornography"… "I see" est dans la même veine que les précédents.  Nous aimons beaucoup les trois derniers des neufs titres, déjà parce qu’ils sont en français et qu’ils nous "parlent" davantage, tout en restant secrets : "A lonely man"  pour ses guitares noisy et son charme schizophrène, "Une étoile scintille" pour son orchestration minimaliste, "Ces roses flotteront sur l’océan" pour sa grâce poétique.

2) BRUITAGE
ELECTRO BAMAKO
"Electro Bamako"
(Rue Stendhal)

Voilà dix ans qu’existe ce projet dédié à la musique malienne et à ses échanges avec l’électronique, mené par le Normand Marc Minelli (musicien autodidacte de culture rock, guitariste, multi instrumentiste, arrangeur et réalisateur). Nous connaissions l’album enregistré avec la diva Mamani Keita, aux mélanges détonants, très jazzy, qui a conquis le monde entier en 2002. Après plusieurs voyages au Mali où Marc Minelli a rencontré moult artistes maliens, sort "Carnet de voyage" (2008). Progressivement, un trio se forme avec le Malien Paul Sidibé, chanteur et virtuose du kaméle n’goni (instrument à cordes proche de la kora), Damien Traini, au djembé et aux programmations, et Marc Minelli, qui revendique ses influences rock new-yorkaises, dont les Talking Heads. Ce n’est donc pas un hasard si nous trouvons sur ce nouvel album la reprise de "The great curve". Chacun des autres titres, métissés, bariolés, groovy, afro-funk, sont autant d’invitations à danser, à s’amuser, jusqu’à la transe.

3) BRUITAGE

LA GALE
"La Gale"
(Vitesse Records / Module)

En voilà une qui n’a pas la langue dans sa poche et qui sait la manier avec une grande dextérité. Les textes, en français, frappent fort, renvoyant à la dureté du quotidien d’un monde en déliquescence, sans rêves ni espoir, d’une noirceur extrême, mais réaliste. La Gale, Karine Guignard pour l’état civil, Suisse par son père et Libanaise par sa mère, fréquente la scène rap du Moyen-Orient depuis 2005. Mais c’est à Lausanne qu’elle enregistre ce premier album, avec Christian Pahud (Honey for Petzi, Larytta…) aux instruments et à la production. Le résultat est saisissant. La voix samplée de Jean Gabin dans "Un singe en hiver" d’Henri Verneuil (avec Jean-Paul Belmondo, dialogues de Michel Audiard) orchestrée par DJ Chikano, intervient sur des titres comme "Trop de temps" ou "La gueule de l’emploi", créant un effet de surprise et alimentant le flow sombre, désespéré, où il est souvent question de cuites. Sûr, le refrain de "Passe ton chemin, fais ta vie" est déjà sur toutes les lèvres !

4) BRUITAGE

IAROSS
"Renverser"
(Las Soliles)

"C’était comme si c’était beau et mortellement aride, avec le corps accroché à la dérive. Et puis la nuit tout se révèle…" Ainsi débute le deuxième album du groupe montpelliérain, mêlant avec force et densité rock expérimental, chanson et poésie. Iaross, c’est d’abord le projet de Nicolas Iarossi, violoncelliste (EP "Lazare" en 2009), puis le solo devient trio avec le batteur Germain Lebot et le guitariste Colin Vincent. "Ventre" (2011), bien reçu par la presse musicale, leur permet de se produire dans de nombreux tremplins et festivals. "Renverser" fait entrer l’auditeur dans une dimension intime, intense, où les mots "recueillement" et "contemplation" prennent toute leur importance. Il faut en effet se sentir ouvert et disponible pour accéder à l’univers sensible de Iaross, tant au niveau musical (ambiances posées ou enragées) que vocal (chant apaisé ou écorché). Un dernier vers avant la route : " Elle avait les yeux de la liberté, elle se drapait dans des voix âcres et ravalées..."

5) BRUITAGE

ALEXANDRE KINN
"Si le vent se lève"
(PIAS / BMG)

En 2008, nous avions beaucoup aimé les treize titres de "Dans la tête d’un homme" (dont "Aude" à l’enfant à naître et "L’alliance" sur les méfaits du mariage), premier album "folk urbain humaniste" de l’ex-étudiant en égyptologie. Alexandre Kinn consacre maintenant tout son temps à la musique (textes, composition, interprétation) et revient sur le devant de la scène avec ce deuxième album aux textes richement écrits, parfois autobiographiques, toujours très émouvants. L’on retrouve les mêmes thèmes dans ses chansons : la mer, l’amour, les enfants, les voyages, les joies, les espoirs, les déceptions, la vie qui change… Les orchestrations (guitare acoustique, harmonica, basse, contrebasse, batterie mais aussi violon, accordéon, cuivres, chœurs…) sont plus étoffées, les arrangements plus travaillés : l’impact en est d’autant plus fort, dès "Marins", ouvrant l’album. Hugh Coltman chante sur "Take it easy", seul titre en anglais. Nous reprenons volontiers le refrain du "Vent" ou de "Babel".

6) BRUITAGE
MAT3R DOLOROSA
"Think about your future now"
(Jarring Effects)

Le Lyonnais Tristan Spella manie samples et machines en s’inspirant de Massive Attack, Radiohead, Nine Inch Nails, DJ Krush, Björk… Toutefois, ces influences n’apparaissent pas de façon flagrante tout au long des dix plages musicales, les compositions sont même plutôt originales, inventives, recherchées. "Pense à ton futur maintenant" : voici tout un programme, où se succèdent des ambiances sonores denses et variées, à commencer par un "Shadow Book" agrémenté du spoken word de Black Sifichi, puis "The way of samouraï " évoquant le "Ghost dog" de Jim Jarmusch, avec Forest Whitaker. "Un jour de pluie" pourrait être le titre d’un film dont nous écouterions la BO, les scratches et les synthés faisant monter notre niveau d’adrénaline… "Fighting inside" et "Reloaded" créent un suspense haletant, "Laissez les hommes pleurer" renvoie peut-être à "Regarde les hommes tomber" d’un certain Jacques Audiard ? Quel plaisir de se laisser happer dans ce voyage cinéphile imaginaire et sans frontières !

7) BRUITAGE
LA MATHILDE
"Du sang dans la terre"
(Autoproduit / Musicast)

Basés au Mée-sur-Seine près de Melun, les cinq garçons sont accueillis, depuis leurs débuts en 2006, à la MJC Le Chaudron pour leurs répétitions et leurs concerts. Après "Je veux comprendre" en 2009, suivi en 2011 par "L’équilibriste", voici aujourd’hui dix nouvelles chansons bouillonnantes, menées "tambour battant" par Elliot au chant et à l’accordéon, Olivier à la guitare, Eric à la basse, Guillaume à la batterie et à la flûte, Julien au saxophone ; les quatre derniers larrons assurent aussi les chœurs. "Du sang dans la terre" sonne plus électrique que les deux albums précédents et s’assume tel quel, avec des textes mis en avant  sur une musique fulgurante, trépidante, autant dans l’épure que dans le brut de décoffrage. Du sulfureux "Je mens" aux rythmes ska affolants, en passant par une "Mise à mort" rageuse, l’apparent apaisement de "L’avant-dernière semaine", le chant du marin d’"Amer", jusqu’au percutant "Idora", La Mathilde affirme haut et fort son caractère et sa maturité.

8) BRUITAGE
MÉMOIRES D’AUTOMNE
"Cliché"
(Trinity / Meidosen Records)

Ces huit titres tout droit sortis des 90’s, figurant sur une cassette autoproduite, ressortent aujourd’hui en vinyle ! Alain Seghir de Martin Dupont (groupe phare de la new wave  hexagonale dans les 80’s) a effectué le transfert et restitué avec précision le son de l’époque. Mémoires d’automne, créé en 1992, a produit deux cassettes : "Gloria Victis" (1993) et "Cliché" (1996) qui renaît de ses cendres pour le plus grand plaisir des amateurs de musique cold, gothique, post punk… Dès "Blurred pictures" puis sur "The way", l’on plonge dans un univers sombre proche de Joy Division. "Trauma" penche plus vers Christian Death avec ses guitares orientalisantes et son chant haut perché. Dans "L’autre", les boucles mélodiques de la basse, les guitares cristallines ou plaintives lorgnent vers Dead Can Dance et la voix de Brendan Perry. The Cure s’invite sur "The triumph of time", Marc Seberg sur "Time of the end". "Etrange automne" est martelé par la batterie, "Cliché" est lancinant à souhait.

9) BRUITAGE
MONSIEUR ROUX
"L’illégalité joyeuse"
(Yapucca Productions)

"Je reviens à la vie", le single de l’album (guitare mélodique, chœurs discrets et voix douce dans la veine d’un Richard Gotainer ou d’un JP Nataf), donne lieu à un clip vidéo gentiment décalé. "J’habite une rue" introduit violon, batterie et petites percussions, "L’illégalité joyeuse" est un reggae léger et insouciant, "Il pleut des cordes" (et à tout prendre, j’en prendrais bien une pour me pendre, à ton cou, que tu n’puisses y prendre tes jambes…) séduit par ses airs de biguine, "La vie est dure" met l’artiste face à lui-même, "Peste et choléra" a un flow rap au contenu irrévérencieux… Monsieur Roux (de son prénom Erwan), originaire de Rennes, "sévit" depuis 2004 dans le joyeux paysage de la chanson française à textes et signe, avec ses trois acolytes, deux albums inoubliables : "Ah si j’étais grand et beau…" en 2005 et "Un été caniculaire" en 2009. Le quatuor récidive cette année avec "L’illégalité joyeuse", douze titres à l’humour tendre, dévastateur, délicieusement jubilatoire.

10) BRUITAGE
SAKYA
"Cella"
(Autoproduit)

Originaire des Landes, ce groupe aux multiples facettes musicales sort son deuxième album. Le précédent, en 2010, se nommait "Pré". Composé de cinq musiciens (Yvan Renaut à la composition, programmation et batterie, Alex Boireau à la basse, Fred Warmulla à la guitare, Tobi Laisney au clavier et à la guitare, Laurène Pierre-Magnani au chant), Sakya se joue des genres et propose six titres costauds, aux durées situées entre cinq et neuf minutes, ce qui en fait davantage un LP qu’un EP. Après "La flaque" et ses mains frappées, nous entrons dans le vif du sujet avec le dub pulsé "Le bruit de la rouille" qui met à l’honneur cet instrument très particulier qu’est la vielle à roue (Dominique Rejef). L’accordéon (Jésus Aured) est aussi de la partie sur "Haïku". Nous aurons écouté "Bâches", ses gratouillis électroniques, sa structure débridée, sa dimension onirique ; le plutôt calme et tranquille "Sur lilas enragés" et le jazzy "Condenses", au chant proche de celui de Mona Soyoc (Kas Product).

11) BRUITAGE
RACHID TAHA
"Zoom"
(Naïve)

C’est le neuvième album solo de l’artiste algérien populaire et militant, qui a créé moult ponts culturels et musicaux entre Orient et Occident, entre tradition et modernité, maniant le raï aussi bien que le rock, le chaabi autant que l’électro. Les onze titres donnent l’impression d’être issus du creuset de la musique rock, folk, blues américaine ; en témoignent la reprise du tube d’Elvis Presley "Now or never" (adaptation du "O sole mio" italien) ou du rhythm’n’blues lourd et râpeux "Les artistes" où là encore, le King est cité (avec Kurt Cobain). Le premier titre "Wesh n’amal" s’ouvre sur une guitare acoustique, bientôt rejointe par des cordes électriques et un luth arabe, donnant un "western oriental" du plus bel effet. La chanson suivante débute par un sample de la voix d’Oum Kalsoum, qui a bercé l’enfance vosgienne de Rachid Taha, hommage tout à la fois nostalgique et salvateur. "Voilà voilà", ponctuant ce "Zoom" hétéroclite, cosmopolite, est malheureusement toujours d’actualité.

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